L’hymne à Nikkal, la plus ancienne partition musicale connue au monde se dévoile en musique

Quand l’une des plus anciennes partitions musicales de l’Histoire traverse les siècles et se dévoile à nos oreilles… Ne vous êtes-vous jamais demandé à quoi ressemblait la musique jouée il y a des milliers d’années ? Grâce à une tablette découverte dans les années 1950 par des archéologues français dans l’ancienne cité d’Ougarit, en actuelle Syrie, c’est maintenant possible. Ecoutez ce chant vieux de 3400 ans.

 

C’est l’histoire de tablettes, découvertes dans les années 1950 par des archéologues français qui procédaient à des fouilles sur le site du Palais royal de l’ancienne cité d’Ougarit, située dans le nord de Canaan, dans l’actuelle Syrie. Si notre connaissance de cette cité antique ne remonte pas avant le XIVe siècle avant notre ère, nous savons qu’Ougarit était une cité cosmopolite, de par notamment sa position géographique privilégiée pour le commerce maritime.

La société était régie par un roi. Et c’est dans le palais royal que les archéologues français ont découvert ces fameuses tablettes, qu’on appellera plus tard les "chants hourrites".

Au total, un peu moins de trente tablettes d’argile datant de 1400 avant Jésus Christ ont été découvertes sur le site historique. Gravées d’une écriture cunéiforme, en langue hourrite, une langue morte de l’Asie mineure antique, ces tablettes présentent une trentaine de mélodies hourrites et ont tout de suite suscité l’intérêt de nombreux chercheurs.

Parmi les chercheurs qui se penchèrent sur ces tablettes, la professeure d’assyriologie de l’Université de Californie Anne Draffkorn Kilmer, accompagnée de la musicologue belge Marcelle Duchesne-Guillemin, s’est intéressée à celle qui était la mieux conservée, afin de tenter de déchiffrer cette partition musicale. Après plusieurs années de travail, les deux chercheuses ont réussi à déchiffrer la tablette, révélant ainsi le plus ancien vestige de notation musicale connue à ce jour. Un document d’autant plus précieux qu’il a révolutionné notre vision de l’histoire de la musique, révélant qu’il devait exister une théorie musicale bien avant les Grecs, contrairement à ce que certains musicologues avançaient. De son travail est né le disque Sounds from silence, réalisé avec son collègue Richard Crocker, dans lequel on trouve des informations sur la musique antique du Proche-Orient.

D’après un article de 1988 du musicologue Robert Fink dans la revue Archeologia Musicalis, ces morceaux confirment que l’échelle diatonique à 7 degrés et la notion d’harmonie existaient il y a 3400 ans dans la musique sumérienne.

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© Françoise Ernst-Pradal

Cette fameuse tablette, cataloguée sous le nom "d’hymne hourrite h.6", était donc la seule qui soit dans un état de conservation suffisante pour être déchiffrée et interprétée. Outre la notation musicale, cette tablette présente "l’hymne à Nikkal", une prière à la déesse Nikkal, fille du dieu de l’été Khirkhibi et épouse du dieu de la lune Yarikh. Nikkal, qui signifie "Grande Dame et fructueuse", était la déesse des vergers. Cet hymne est vraisemblablement une invocation pour accorder la fertilité aux femmes stériles.

En dessus de ce texte, écrit en hourrite, on retrouve des indications musicales, inscrites en akkadien. Sous un double trait, une série de termes akkadiens empreints de hourrite, accompagnés chacun d’un chiffre représentent des termes musicaux techniques correspondant, vraisemblablement, à des cordes ou des intervalles. Si la lecture des notes et du tempo reste sujette à interprétation, cela n’a pas empêché des musicologues de retranscrire la partition pour la rendre lisible et interprétable. C’est ce que fit notamment le musicologue anglais Richard Dumbrill. Et c’est sur cette base musicale que le musicien Michael Levy a interprété à la lyre la plus ancienne partition musicale du monde, que nous vous proposons d’écouter ci-dessous.

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