l'envoi de Paul Hermant à Bruno Dayez

Cher Bruno Dayez, je ne vous le donne pas en mille, je ne vous le donne pas en cent, mais je vous le donne en un : nous allons, dans cette chronique, parler de Justice et d’image. Voilà qui, je suis sûr, vous étonne.

Et pour cela, nous allons nous rendre, si vous voulez bien, dans une salle d’audience. Du tribunal de Châtelet, c’est une Justice de Paix. Dans cette salle, une juge, Fabienne Denoncin, a accroché des images. Ce sont les siennes.

Ce n’est pas une mauvaise idée et c’est sans doute bien vrai qu’il est utile d’humaniser ces endroits austères, mais il n’y a rien là de bucolique ou d’esthétique aux cimaises, ce n’est pas décoratif, ce n’est pas ornemental, on n’a pas chamarré le prétoire pour le plaisir des yeux.

Les images qui sont exposées là sont des photos, comment dit-on, de justiciables, d’usagers ?, enfin des photos de gens. Les mêmes donc qui se sont trouvé là à défendre une cause, la leur : les ennuis d’argent ou de famille ou de logement enfin tout ce qui fait le quotidien d’une salle d’audience de Justice de Paix.

Fabienne Denoncin a pris cette habitude de photographier, au terme de ses entretiens à domicile, des femmes et des hommes dans leur condition d’invisibles sociaux : la table sur laquelle s’épanchent les dossiers à côté de la tasse de café tient à elle seule de plaidoirie. Les murs de la Justice résonnent alors de ces visages, comme s’il s’agissait de les assigner à résidence, de les rendre donc résidents, comme une mémoire active qui ne finirait pas aux archives.

Le soir, la juge sort souvent dans les rues, elle va à la mauraude, croise des sans abris, pénètre les tentes et s’assied sur les cartons. Elle raconte que dans ses périples, elle redoute la question qui suit « Vous êtes photographe professionnelle ? Non. » Elle sait que ce sera : « Alors qu’est-ce vous faites ? ». Ce qu’elle fait, comme on le disait l’autre soir à La Louvière où elle expose actuellement ses photos, c’est de rendre justice en même temps que rendre la Justice.

Et n’allez pas chercher là-dessous un propos socio-culturel car elle est aussi une vraie photographe qui, entre autres choses —elle n’est pas juge pour rien — sait ce que veut dire un cadre. Aucune de ces images ne semble volée, et on ne sait en vérité si le dialogue est le prétexte à une photo ou bien si c’est le contraire. Ce que l’on  voit surtout, c’est du temps qui reste et qui s’accroche. Peut-être même, allez savoir, le temps inversé d’une audience.

Alors, si vous avez un peu de temps, cher Bruno Dayez, allez donc écouter un jour les plaidoiries qui sourdent des murs du prétoire de la justice de Paix de Châtelet. Vous verrez, ces images sont aussi de très bons avocats. Je vous souhaite le bon jour.

 

L’exposition a lieu jusqu’au 10 février dans trois lieux louviérois : la Médiathèque, la Maison de la laïcité et la Bibliothèque :http://www.hainaut.be/srp/newsletter/template/template.asp?page=liste_article&id=7355

 

 

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