Journée mondiale de la procrastination, une playlist à écouter… demain

Si, comme le dit l’adage, il est sage de ne "jamais remettre à demain ce que l’on peut faire aujourd’hui", en ce 25 mars, la procrastination est reine, alors profitez-en (pas trop quand même) ! Et pour marquer cette Journée mondiale des procrastineurs, nous vous proposons une playlist particulière dont vous pourrez, si vous le voulez, remettre l’écoute à demain !

Qui n’a jamais remis au lendemain la corvée vaisselle, découragé par la vue de la pile d’ustensiles amoncelés dans l’évier, qui n’a jamais remis à la fin de la semaine les laborieuses tâches administratives que l’on déteste ? On a tous déjà connu ces moments où toute notre motivation semble nous avoir quittés et où, en regardant les derniers points de notre "to do list", on se dit d’un air convaincu "ça pourra bien attendre demain". Pour certains maîtres en la matière, amateur du travail sous pression, cela peut parfois jouer des tours.

Il est difficile d’imaginer ce type de spécimen paresseux chez les compositeurs, lorsqu’on songe à Bach et ses milliers d’œuvres composées, aux 555 sonates de Scarlatti ou encore à Telemann avec ses 3600 œuvres répertoriées. Et pourtant, certains compositeurs étaient connus pour leur propension à procrastiner.

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Rossini, le joyeux paresseux

Et le celui qui pourrait recevoir la palme du compositeur le plus paresseux, c’est bien Gioachino Rossini. Souvent décrit comme étant un bon vivant, Rossini était un bon exemple de procrastineur, lui qui prit sa retraite à l’âge très respectable de… 37 ans. Donizetti, interrogé sur le temps de composition du Barbier de Séville (deux semaines) aurait d'ailleurs répondu : "Je n’en doute pas, il [Rossini] a toujours été un sacré paresseux". Même si, lorsqu’on réfléchit, on peut se dire que pour un opéra de trois heures, deux semaines, c’est tout à fait honorable. Par ailleurs, le temps d’écriture de ses œuvres est généralement très rapide, et pour cause : il s’y mettait toujours à la dernière minute.

J’ai composé l’ouverture d’Otello dans une petite pièce, […] enfermé par les directeurs, avec une assiette de spaghetti et la menace de ne pouvoir quitter la chambre tant que je n’avais pas écrit la dernière note.

Témoigne le compositeur italien dans une de ces lettres, ne cachant pas le moins du monde son petit vice de paresse. La légende dit que Rossini composait souvent dans son lit et que, si par malheur, une feuille venait à tomber du lit, Rossini préférait recommencer sur une page vierge plutôt que de se lever pour la ramasser.

L’un des chefs-d'œuvre de Mozart écrit en une nuit

Deuxième collaboration entre Mozart et le librettiste Da Ponte, Don Giovanni est une commande du Théâtre national de Prague, passée en janvier 1787. L’année précédente, Le Nozze di Figaro connaît un succès retentissant à Prague, bien plus que dans la capitale autrichienne, où l’opéra dérange la noblesse viennoise.

En 1787, Mozart mène une vie mondaine dans une Prague qui n’a d’yeux que pour le compositeur. Cela ne laisse que peu de temps à Mozart pour finir la composition de son opéra. Si bien qu’à la veille de la répétition de l’opéra, Mozart n’avait toujours pas terminé l’écriture de l’ouverture. Sa femme Constance l’aurait réveillé à 5 heures du matin pour qu’il finisse à temps sa composition. Il n’aura donc fallu à Mozart que deux petites heures pour composer l’un de ses chefs-d’œuvre les plus brillants.

14 ans pour écrire une symphonie

S’il n’a fallu que deux heures à Mozart pour composer l’ouverture de son Don Giovanni, Johannes Brahms mettra près de 14 ans pour écrire sa première symphonie.

Brahms termine de composer sa première symphonie en automne 1876 – elle est créée le 4 novembre – mais certaines esquisses remontent à 1862. La légende dit que Brahms a trouvé une plume sur la tombe de Ludwig van Beethoven en 1862, ce qui l’incita à écrire sa première symphonie. La symphonie fut d’ailleurs surnommée la "Dixième Symphonie" de Beethoven par le chef d’orchestre Hans von Bülow.

Anatoli Liadov, celui qui faillit composer l’Oiseau de feu

"Je ne peux supporter plus de cinq minutes de musique", déclarait en plaisantant le compositeur et chef d’orchestre russe Anatoli Liadov, qui était un paresseux notoire. Loin d’être un compositeur prolifique, on ne lui connaît aucun travail de longue haleine, aucune symphonie, aucun opéra, mais une douzaine de partitions pour orchestre, une cantate, quelques mélodies, une grosse cinquantaine de pièces pour piano et des arrangements de chansons folkloriques.

La légende veut aussi que Liadov aurait pu être le compositeur du ballet l’Oiseau de feu de Diaghilev. Ce dernier se serait adressé à Liadov pour lui commander une musique pour le prochain ballet des Ballets russes. Une anecdote raconte que Liadov aurait accepté et n’aurait jamais livré la partition dans les temps imposés par Diaghilev. Cependant, il n’existe pas de preuves pour corroborer cette version.

Francis Poulenc et Pink Martini, la chanson de la paresse

Le poème "Hôtel" de Guillaume Apollinaire a inspiré à la fois une mélodie de Francis Poulenc et une chanson "française" du groupe américain Pink Martini.

Ma chambre a la forme d’une cage
Le soleil passe son bras par la fenêtre
Mais moi qui veux fumer pour faire des mirages
J’allume au feu du jour ma cigarette
Je ne veux pas travailler je veux fumer

De ce court poème d’Apollinaire, le compositeur français Francis Poulenc compose une de ses plus célèbres mélodies, intitulée Banalités. Le baryton Pierre Bernac interprète et ami de Poulenc désigne cette pièce comme étant "la mélodie la plus paresseuse qui ait jamais été écrite ! Mais qu’on ne s’y trompe pas, toute tristesse doit en être bannie. Au contraire c’est une heureuse paresse !"

Ces paroles ne vous rappellent rien ? Ne vous font-elles pas penser à une chanson que l’on fredonne tous lorsque, en proie à une baisse de motivation, on se dit "je ne veux pas travailler" ?

La chanson Sympathique du groupe américain Pink Martini s’est également inspiré du poème d’Apollinaire, avec le succès qu’on lui connaît aujourd’hui.

L’orchestre se repose avec John Cage

Et pour terminer cette playlist en douceur, quoi de mieux que le 4'33'' de John Cage. "Composée" au début des années 50, cette œuvre ne présente aucune note. Si certains y voient un silence de plus de 4 minutes, cette pièce, écrite d’abord pour piano, composée de trois mouvements, est constituée "de sons de l’environnement que les auditeurs entendent ou créent lorsque le morceau est interprété".

En novembre 2020, à la veille d’une nouvelle fermeture des salles de spectacles partout en Europe, le prestigieux Orchestre Philharmonique de Berlin avait pris congé de son public en interprétant l’œuvre de Cage, comme un cri douloureusement silencieux face à la situation dramatique dans laquelle se trouvait – et se trouve encore aujourd’hui – le secteur culturel.

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