"Jeanne d'arc au bûcher" d'Honegger et Claudel, un mystère lyrique revu par Romeo Castellucci

"Jeanne d’arc au bûcher" d’Honegger et Claudel, un mystère lyrique
"Jeanne d’arc au bûcher" d’Honegger et Claudel, un mystère lyrique - © B. Uhlig

Camille De Rijck nous présente la nouvelle production lyrique de La Monnaie, Jeanne d’arc au bûcher, un mystère lyrique mis en musique par Arthur Honegger sur un poème de Paul Claudel, et mis en scène par l’italien Romeo Castellucci.

Aux origines de l’œuvre

Ce poème lyrique a été créé à Bâle en 1838 avec des comédiens, des chanteurs, un orchestre et un chœur d’enfants. C’est Paul Sacher qui en a assumé la création musicale et fait cocasse, on retrouvait aux ondes Martenot nul autre que Maurice Martenot.

La commanditaire de l’œuvre n’est autre qu’Ida Rubinstein grande mécène russe du XIXe siècle qui décide à travers elle de rendre hommage à l’esprit et aux mystères du Moyen-Âge. Ces mystères étaient un genre théâtral qui se composait de saynètes saintes que l’on transportait, de villes en villes, et que l’on soumettait aux locaux afin de les édifier. Généralement, c’était sur les parvis des églises qu’elles prenaient place.

Paul Claudel, lorsqu’on lui soumet la commande, rechigne à accepter cette proposition d’Ida Rubinstein mais il se décide lorsqu’une image saisissante lui apparaît en un nuage incandescent : deux mains, prises par les flammes, et qui font le signe de la croix. C’est la mise en monde de la sainteté par l’épreuve du martyr. Image dont on pourra dire que Claudel, catholique ultra s’accommoda volontiers, les bûchers érigés par son Eglise trouvant là leur fonction originelle de purifier ou même mieux de canoniser et non celle plus moderne, plus avérée de simple ignominie.

L’intrigue

La courte intrigue de l’œuvre se vit comme un moment rétrospectif : Jeanne va être conduite au bûcher et elle songe aux moments décisifs de son existence en compagnie de frère Dominique. L’essentiel dans le travail d’Honegger a été de ne pas créer deux univers irréconciliables entre celui de la parole et celui de la musique, contrairement par exemple à la Flûte enchantée ou à tant d’opéras qui alternent musique et parole comme dans un mille-feuille. Honegger est parvenu à faire éclore un lieu où la musique du verbe prend tout son sens dans l’harmonie générale.

L’œuvre est immédiatement un immense succès, elle tourne un peu partout dans la France libre et même dans Paris encore occupé. Le cinéaste Roberto Rossellini eut même l’idée de mettre en scène une version italienne à Naples, pour son épouse Ingrid Bergman.

La mise en scène de Romeo Castellucci

Dans sa mise en scène, déjà créée à Lyon et qu’on verra à Bruxelles dès ce mardi 5 et jusqu’au 12 novembre, Romeo Castellucci grand adepte des relectures a souhaité soustraire la figure de la sainte à tous ceux qui généralement s’en réclament ou s’en emparent. Elle n’est plus ni la sainte Française en excellent ordre de bienséance ni même le symbole d’une lutte centro-gallique mais une petite fille parmi d’autres apprenant dans une salle de classe l’édifiante histoire de Jeanne d’Arc. La voilà devenue aux yeux du metteur en scène non plus l’instrument d’une doxa, une fanatique mais un minuscule et humble briquaillon d’une humanité dont l’appartenance est collective.

Jeanne d’Arc au bûcher d’Arthur Honegger et de Paul Claudel dans une mise en scène de Romeo Castellucci, c’est à voir à La Monnaie du 5 au 12 novembre.

Une mise en scène qui, déjà, fait parler d'elle et ne fait pas l'unanimité

Le portrait de Jeanne d’Arc que brosse le metteur en scène Romeo Castellucci dans la production acclamée de Jeanne d’Arc au bûcher ne fait pas l’unanimité. Ce qui est une bonne chose. La Fédération Pro Europa Christiana requiert cependant l’annulation de la production et consolide sa demande par une pétition.

Peter De Caluwe a souhaité s'exprimer et défend fermement la liberté artistique de La Monnaie.

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