Isabelle Wéry: "J'associe méditation et création"

Isabelle Wéry
Isabelle Wéry - © Laetitia Bica

Isabelle Wéry partage son temps entre le théâtre et la littérature. Elle vient de publier un nouveau roman particulièrement singulier, Poney Flottant (Onlit). Elle a répondu à nos questions sur son rapport au Farniente. Lecture de sa lettre sur antenne ce samedi vers 15h.

"Vous parler de farniente me ravit. C'est un mot qui résonne en moi et m'envahit d'images et de sensations très joyeuses.

Oui, je "pratique le farniente" dans le cadre de mes processus de création artistique. C'est dans ces périodes d'arrêt et de "vidange du corps et de l'âme" que naissent mes idées de spectacles et de romans. Par exemple, je passe de looooooongues heures allongée, coupée du brouhaha du monde, les yeux fermés et durant ces moments, quand l'esprit est dans un état de sommeil éveillé, les idées, les images arrivent dans ma tête par flopées, et je pars à la cueillette. Mon imaginaire fulmine, s'électrise et je n'ai plus qu'à le laisser faire. Ce sont des moments très grisants, proches d'une forme de transe. C'est de cette manière que j'ai imaginé et construit ce nouveau roman Poney flottant. En laissant l'architecture du roman apparaître petit-à-petit, comme des pièces d'un puzzle, dans mon imaginaire lors de farniente (en alternant bien sûr, avec des phases de recherches et de documentation). 

Je me sens proche des pratiques de David Lynch qui associe la méditation à ses processus de création artistique. Pratiques qu'il décrit magnifiquement dans son livre intitulé: Mon histoire vraie. C'est un de mes livres de chevet. C'est comme si David Lynch vous ouvrait les portes de son atelier d'artiste et qu'il vous livrait ses outils de fabrication.

D'autre part, pour les véritables pauses-farniente, les moments d'abandon total, je fréquente beaucoup l'eau. Les baignoires, les saunas, les piscines, les mers. Dans le bain en baignoire, j'adore écouter de la musique traditionnelle chinoise que j'ai rapportée de Pékin et qui émane de cet instrument à cordes, le guzheng. C'est une musique résolument minimaliste, pas de voix humaines, simplement les cordes qui crissent et résonnent.

J'ai aussi un mp3 étanche qui me permet d'écouter de la musique sous l'eau. Et cet objet est carrément incroyable! C'est l'union de l'eau et de la musique, une rencontre improbable qui vous donne la sensation en nageant, d'être un plancton dansant, une algue rockeuse ou un crabe rappeur! Et c'est très étrange, j'ai remarqué que certaines musiques que j'écoute "sur terre", comme David Bowie par exemple, ne fonctionnent pas sous l'eau. Mariage boiteux, ça coince, ça n'ondule pas. Mais par contre, des musiques "électros" comme celles de Nicolas Jaar ou du flamenco de Paco de Lucia sont parfaites et vous feraient nager durant mille fleuves sans faiblir.

Lire est, pour moi, une forme de farniente déjà très active. J'ai tendance à analyser le livre pendant ma lecture, j'observe comment l'auteur ou l'autrice agence sa narration. Mais néanmoins, pour l'instant, je suis plongée avec grand plaisir dans le dernier recueil de poèmes de Laurent Demoulin, l'auteur liégeois du fabuleux roman Robinson. Ce recueil se nomme Poésie (presque) incomplète et est paru chez L'herbe qui tremble. Poèmes résolument ludiques où l'auteur joue avec les formes du poème, invente, jongle.

La poesia, per il farniente, c'est parfaitement ottimo!"

Isabelle Wéry

Production et présentation: Fabrice KADA
Mise en ondes: Francis WILLEMS

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK