Hommage de Camille De Rijck à Georges Octors, figure de proue du Concours Reine Elisabeth

Camille De Rijck rend hommage au violoniste et chef d’orchestre Georges Octors, qui est décédé le 18 juin dernier à l’âge de 97 ans.

Georges Octors était pour les mélomanes belges – plus qu’un musicien – une triple mythologie. Celle d’une dignité ; silhouette impeccable dans un frac d’amidon, qui fut la figure de proue du concours Reine Elisabeth, alors au sommet de son rayonnement belgicain. Celle de la culture bantoue, enfant mulâtre (comme il se plaisait à le dire lui-même), né d’un père belge et d’une mère congolaise, et qui gagna sa place dans le monde de la musique classique en se battant et en travaillant dans des cafés jusqu’aux petites heures. Enfin, celle de l’héritier de l’école franco-belge de violon, élève de Mathieu Crickboom, lui-même proche d’Eugène Ysaÿe.

Georges Octors fut donc ce lien de chair et de sang – un lien vieux de presque un siècle – avec ce que la Belgique musicale compta de plus glorieux.

Et lui, qui en 1989 retourna au Congo, entouré des équipes de la RTBF, put interroger ses racines, comme on interroge les mânes d’un ancêtre perdu. Racines qui taquinaient son inconscient, lui qui se sentit toute sa vie tiraillé, étranger, assis entre deux natures ; il comprit enfin sa richesse consubstantielle en s’abandonnant aux danses polyrythmiques de la musique Mongo.

Double. Est-ce ce mot – si souvent incompris – qui le définissait ? Lui le violoniste qui devint chef. Lui le chef qui enseigna le violon.

Lequel du chef et du violoniste le définiront désormais ? Lui qui fut l’assistant d’André Cluytens, puis son successeur à la tête de l’Orchestre National de Belgique. Il fut aussi un soliste que le vénérable chef accompagna. Cela brouilla-t-il définitivement la lecture de subordination qu’un assistant doit à son maître ?

Double. Mais ne fût-il pas triple, au fond, lui qui étudia en Flandres, y fondit des ensembles et évoluait plaisamment dans la vaste complexité de notre minuscule pays ?

Georges Octors est désormais ce souvenir d’une de nos plus grandes valeurs ; celle qui souligne qu’un arbre si vieux et si grand, ne doit son prestige et sa hauteur qu’à l’infinité de ses racines.

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