Hémon, la dernière création de l’Opéra du Rhin se découvre à l’oreille en version radiophonique

Des voix, de la musique et l’imaginaire de l’auditeur pour décor. L’Opéra national du Rhin (OnR) a choisi, malgré sa fermeture au public, de maintenir son festival consacré au Liban avec une "première naissance" en version radiophonique de l’opéra Hémon créé pour l’occasion.

Ce samedi 20 mars, une nouvelle œuvre musicale est créée dans la salle de l’opéra de Strasbourg, privée de son public. Cette nouvelle œuvre musicale est celle du compositeur libanais Zad Moultaka. Une première mondiale des plus particulière qu’elle est dévoilée uniquement en radio, en direct sur France Musique.

Le public absent, la salle de l’opéra de Strasbourg est sens dessus dessous : l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, dirigé par le chef libano-polonais Bassem Akiki, est déployé sur la scène, le chœur de l’OnR, masqué, est disséminé sur le parterre. Les solistes prennent place sur la fosse d’orchestre bouchée. Les lumières de la salle restent allumées.

L’opéra, qui revisite le destin du fiancé d’Antigone, personnage secondaire dans la tragédie grecque de Sophocle, incarné par le contre-ténor Raffaele Pe, ne se regarde pas, il s’écoute.

Prévue pour ouvrir l’édition libanaise du festival interdisciplinaire Arsmondo, cette commande de l’OnR à Zad Moultaka devait initialement être donnée sur scène du 20 mars au 11 avril, mais l’épidémie de Covid-19 en a décidé autrement.

Première naissance, qui s’écoute

"Une retransmission vidéo ne rendrait pas justice à la dimension d’art total du spectacle. Donc on a décidé qu’on allait faire une première étape de création avec la création de la musique", explique à l’AFP Alain Perroux, directeur général de l’Opéra national du Rhin, géré par les villes de Strasbourg, Colmar et Mulhouse.

Une sorte de première naissance, écoutable en replay pendant onze jours sur Internet, qui devrait être suivie d’une deuxième.

Une création, il faut qu’elle soit donnée à un public à un moment donné, elle a été conçue pour ça.

Considère Alain Perroux, qui espère reprogrammer Hémon "dans sa globalité dans trois ou quatre ans".

D’ici là, l’auditeur peut compter sur la musique "très humaine et très habitée" de l’œuvre en neuf tableaux, sur un livret du philosophe Paul Audi, "pour déclencher son imaginaire", espère le directeur de l’OnR.

Comme lorsque les chanteurs du chœur tapent sur le pied métallique de leur pupitre pour incarner la rage et la colère de la découverte de la mort d’Antigone, fille d’Œdipe.

Zad Moultaka considère le son des percussions comme "très important". "Pour moi, c’est vraiment le son de la guerre que je subissais quand j’étais petit", a expliqué le Libanais vendredi lors d’une présentation de Hémon retransmise sur Facebook.

"Mais quand je suis devenu compositeur, c’était pour moi une façon de dire : Maintenant c’est moi qui décide" quand ça tonne, a-t-il ajouté.

La deuxième partie en juin

Outre cet opéra, le festival Arsmondo va dévoiler jusqu’au 28 mars, en accès libre et gratuit sur son site internet, 48 contenus numériques différents (lectures filmées, entretiens, films, musique…) autour du Liban.

Créé sous la houlette de la précédente directrice de l’OnR, Eva Kleinitz, décédée en 2019, ce festival artistique "rend honneur à des artistes, des écrivains et des intellectuels d’au-delà de l’Europe", a rappelé Christian Longchamp, son directeur artistique.

La première édition avait été consacrée au Japon, la deuxième à l’Argentine. La troisième portant sur l’Inde a été arrêtée net par le premier confinement, à quelques jours de la présentation au public de la création "Until the Lions". Cette adaptation du Mahabharata, l’une des épopées fondatrices de la mythologie hindoue, est pour l’heure reprogrammée pour l’automne 2022.

Quant à cette édition libanaise, un deuxième volet, dont la programmation n’est pas encore dévoilée, est prévu en juin. En pariant sur une réouverture des lieux culturels d’ici là.

"Parce qu’il y a certaines choses plus difficiles à retranscrire sur le numérique, typiquement les concerts", explique Alain Perroux.

Et si tout était encore fermé en juin ? "Honnêtement, je ne me suis pas encore posé la question, je ne sais pas, on verra…"

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