Glass Marcano, la formidable ascension de la jeune cheffe d’orchestre vénézuélienne de 24 ans

Du haut de ses 24 ans, la jeune cheffe d’orchestre vénézuélienne Glass Marcano est entrée dans l’histoire ce samedi 6 février en devenant la première femme noire à diriger un orchestre en France. Ce petit bout de femme énergique, charismatique et d’une détermination à toute épreuve avait fait sensation à Paris en septembre dernier lors du Concours de cheffes d’orchestre La Maestra. Depuis sa participation, elle a intégré le Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris.

"Un rêve éveillé"

Issue du programme d’enseignement El Sistema, qui propose une méthode d’apprentissage alternative de la musique, en parallèle d’une intégration sociale pour les jeunes défavorisés, Glass Marcano a commencé le violon à l’âge de 8 ans. Elle s’oriente ensuite vers des études de droit, tout en dirigeant des orchestres d’enfants. En quelque temps, la vie de Glass Marcano a changé du tout au tout : il y a quelques mois, elle jonglait entre ses études de droit, ses cours du soir pour apprendre la direction d’orchestre et son travail de vendeuse de fruits dans la boutique familiale. Et la voilà maintenant en France, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Tours. Un véritable "rêve éveillé" qui a commencé lorsque la jeune femme entend parler du concours La Maestra, organisé à la Philharmonie de Paris et le Paris Mozart Orchestra et réservée aux cheffes d’orchestre.

Déterminée à participer à ce concours, la jeune cheffe d’orchestre devra surmonter de nombreux obstacles.

"Je voulais faire ce concours à tout prix", raconte-t-elle à l’Agence France Presse. "Pour payer les 150 euros de frais d’inscription, j’ai vendu des fruits sur les marchés, chez moi, dans l’Etat d’Yaracuy. Ce concours a fait basculer ma vie en quelques jours."

Entre l’envoi de sa vidéo de participation et le voyage vers la France en pleine pandémie de coronavirus, il fallait une détermination de fer pour pouvoir surmonter les obstacles et arriver au Concours.

L’ambassade de France à Caracas se démène, lui offre le visa et lui trouve un vol humanitaire espagnol, direction Madrid et l’Europe. "C’était la première fois qu’elle prenait l’avion et qu’elle sortait de son pays", se rappelle Claire Gibault, cheffe du Paris Mozart Orchestra et co-directrice de La Maestra. "C’est un beau conte de fées moderne."

Et à Paris, Glass Marcano a ébloui le jury et a marqué les esprits de tous les professionnels et candidats sur place. Ne parlant que l’espagnol, elle saute, elle blague, elle mime pour transmettre ses directives au Paris Mozart Orchestra. Un talent à l’état brut qui a attiré l’attention de Claire Gibault.

Si elle ne remporte pas le premier prix du Concours, elle reçoit néanmoins le Prix de l’Orchestre décerné par le Paris Mozart Orchestra qui a été conquis par le travail de la jeune cheffe vénézuélienne.

Découvrez son portrait réalisé par France Musique après le Concours

Et découvrez la personnalité solaire et souriante de Glass Marcano.

Après le concours, tout s’enchaîne très vite : Glass Marcano intègre le Conservatoire régional de Paris et de nombreux chefs et musiciens se mobilisent pour aider la jeune cheffe d’orchestre : la cheffe d’orchestre Marin Alsop lui a notamment proposé une masterclass en visio-conférence, elle va travailler pour l’orchestre Demos à la Philharmonie et va assister Claire Gibault.

Et ce samedi 6 février, elle a eu l’occasion de diriger l’orchestre de l’Opéra de Tours. Au programme du concert, le Concerto pour violon en ré majeur, op. 61 de Beethoven et la Symphonie en ut majeur de Georges Bizet.

Faute de public, la cheffe a dirigé son orchestre dos au vide, impatiente de rencontrer le public, dans le monde entier. "Je rêve de diriger à Vienne, à Londres, à la Scala de Milan", s’enthousiasme-t-elle. "Mais pour ça je sais qu’il faut continuer de travailler, travailler toujours et encore."

"Elle est inspirée, habitée"

Il faut dire que son énergie et sa façon de diriger très intuitive, loin des codes classiques, ont aussi impressionné le directeur de l’Opéra de Tours. À tel point que Laurent Campellone a décidé de lui confier une baguette.

"Elle marque une étape dans l’histoire de la musique occidentale", estime-t-il. "Le fait qu’elle soit la première femme noire à diriger un orchestre n’est qu’anecdotique face au fait qu’elle est une immense musicienne. Nous avons trois ou quatre grands chefs de ce niveau par génération. Glass en fait partie !"

Et les membres de l’Orchestre symphonique du Centre-Val de Loire ont pu constater son charisme dès les premières répétitions. "La barrière de la langue l’empêche de rentrer dans des détails techniques pour l’instant. Mais ça ne pose aucun problème. Elle est très inspirée, habitée. Elle respire la musique", commente Audrey Rousseau, l’un des deux violons de l’opéra de Tours.

Cheveux tirés en arrière, lunettes sur le nez, baskets blanches et tenue de jogging, Glass Marcano suit la répétition depuis un tabouret haut et n’hésite pas à en descendre régulièrement pour préciser ses consignes, partitions en main.

Maniant sa baguette d’un geste ample, sans jamais se départir de son large sourire, elle "parle le langage de la musique" pour se faire comprendre des musiciens. "Joue ce passage comme les vagues sur la mer !", lance-t-elle à un musicien dans un mélange de français et d’anglais.

A l’issue des répétitions, la Vénézuélienne lève les yeux vers les dorures et les velours rouges du théâtre à l’italienne de Tours. "Je vis un rêve éveillé."

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