Enorme succès pour le premier concert test avec public du Berliner Philharmoniker : les 1000 places vendues en 3 minutes

Ce samedi 20 mars, pour la première fois depuis le début de la pandémie, l’orchestre de la Philharmonie de Berlin a donné un concert devant un public de quelque 1000 personnes testées au préalable, en respectant des règles très strictes. Une bouffée d’oxygène pour un secteur en manque de perspectives, alors que l’épidémie progresse en Allemagne et menace le pays d'une troisième vague. Le taux d’incidence national vient de dépasser ce dimanche la barre symbolique de 100 cas pour 100 000 habitants.

"Assister à un tel concert en vrai, cela change tout !", s’enthousiasme Peter. Ce trentenaire, venu avec son épouse assister au premier concert avec public du Berliner Philharmoniker, l’orchestre de la Philharmonie de Berlin, ne cache pas sa joie. "J’avais vu des concerts donnés en vidéo, mais ça n’a rien à voir, même si, comme moi, on est fou de musique". De l’autre côté de la scène, parmi les musiciens, le constat est exactement le même : "On a joué sans public pendant des mois, c’est mieux que rien, mais avec des spectateurs, ça n’a rien à voir, c’est comme la différence entre la 2D et la 3D", témoigne le violoniste Aleksandar Ivic auprès de l’AFP. "Cela montre que le résultat d’un concert, c’est nous plus le public, qui nous transporte dans un état qu’on ne peut atteindre en jouant seul".

C’est ce samedi 20 mars que le concert expérimental a eu lieu, dans le cadre d’un programme plus vaste organisé par la ville de Berlin et qui concerne une dizaine de lieux culturels. À cette occasion, la grande salle de la Philharmonie de Berlin a accueilli, pour la première fois depuis le début de la pandémie, un public nombreux d’un millier de personnes préalablement testées, en suivant un protocole sanitaire extrêmement rigoureux. Sous la direction du chef russe Kirill Petrenko, le célèbre orchestre a offert une heure et demie de musique à cet auditoire totalement ravi, qui l’a remercié d’une longue standing ovation. Le programme de la soirée comportait "Roméo et Juliette", l’ouverture-fantaisie de Piotr Ilitch Tchaïkovski, et la Deuxième Symphonie de Sergueï Rachmaninov.

Un besoin du public de retrouver les salles

L’objectif de ce concert était de donner "des perspectives" – selon les mots de la directrice artistique de l’orchestre, Andrea Zietzschmann – au public et aux musiciens qui n’en peuvent plus des concerts virtuels à distance. Le mot est peut-être exagéré, sachant que les salles de concert sont presque à l’arrêt depuis un an, sans véritable perspective de reprise, d’autant plus que la situation sanitaire ne cesse de s’aggraver en Allemagne, où l’on craint comme en Belgique une troisième vague de contaminations. Le taux d’incidence national allemand vient de dépasser la barre de 100 nouveaux cas pour 100 000 habitants ce dimanche 21 mars. À Berlin, on n’en est plus très éloigné, avec 94,1 cas pour 100 000 habitants le même jour, sachant que le dépassement du seuil de 100 entraînera automatiquement de nouvelles mesures restrictives pour les habitants, bien loin des assouplissements espérés par tous.

Au-delà de son caractère expérimental et des informations utiles qui en ressortiront, le concert de ce samedi a néanmoins eu le mérite d’offrir aux participants une bouffée d’oxygène appréciable, en attendant des jours meilleurs. Et les 1000 places mises en vente se sont arrachées en 3 minutes à peine, ce qui est très révélateur du besoin du public de retrouver les salles de concert. C’est là sans aucun doute la première conclusion à tirer de cette opération.

Des précautions sanitaires extrêmement rigoureuses

Pour rendre cet événement possible, les organisateurs n’ont rien laissé au hasard. Chaque billet nominatif acheté donnait accès à un test gratuit réalisé le jour même, soit dans 5 centres partenaires, soit sur place à la Philharmonie, par des médecins en combinaison de protection, 2 heures avant le concert. Tout test positif devait entraîner l’interdiction d’assister à la représentation et le remboursement du billet, mais ce cas ne s’est finalement pas produit. À côté des tests, le port du masque chirurgical était imposé pendant tout le concert et l’occupation des places était restreinte à un siège sur deux. Le concert ne comportait pas d’entracte et la buvette et les vestiaires étaient fermés pour restreindre le déplacement du public au strict minimum. Les lieux étaient soumis à une désinfection fréquente et l’air était renouvelé en permanence par un dispositif de climatisation. Enfin, les musiciens étaient contraints de se tenir à une distance d’un mètre les uns des autres, qui montait même à 1,5 mètre pour les instruments à vent.

D’autres salles de Berlin accueillent également des événements de ce genre avec public dans le cadre de ce même programme. C’est notamment le cas du Berliner Ensemble, le théâtre fondé par Berthold Brecht, qui a représenté une première pièce en public le 19 mars devant plusieurs centaines de spectateurs testés. "Ce qui est important, c’est que la culture se remette sur les rails", a plaidé Oliver Reese, directeur du Berliner Ensemble, devant l’Association de la presse étrangère. "En Espagne, en Pologne, au Luxembourg, il y a du théâtre, de l’opéra. Nous sommes au milieu du mois de mars et nous n’avons aucune idée de ce qu'il se passera le 4 avril ou en mai. Nous ne pouvons pas supporter cela".

Un constat qui entre en résonance avec la situation en Belgique, où les promesses de perspectives claires pour le secteur culturel sont remises en question par la récente recrudescence des contaminations et des hospitalisations…

Vidéo du HuffPost consacrée à l'événement

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