En l’absence de Doudou, l’histoire de l’orgue de Sainte Waudru est racontée par ses organistes

En l’absence de célébration du Doudou à Mons cette année, les organistes titulaires de l’orgue de tribune de la collégiale Sainte-Waudru ont décidé de mettre en ligne une série de vidéos pour le mettre en valeur. La première raconte l’histoire de cet instrument extraordinaire, le plus grand orgue belge datant du 17e siècle.

Comme chaque année à La Trinité, la très emblématique ducasse du Doudou aurait dû avoir lieu ce week-end, au cœur de la ville de Mons, clôturant une semaine de liesse. Cette tradition, très chère au Montois, remonte au 14e siècle et est classée par l’Unesco depuis 2005 comme "Chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité". Malheureusement, en raison de l’épidémie de Covid-19, les festivités sont, au mieux, reportées à septembre ou octobre, au pire, annulées.

Au cours de cette fête rituelle, les grandes orgues de la Collégiale Sainte-Waudru, d’où partent la châsse et la procession, sont traditionnellement mises à contribution. Elles résonnent dès le samedi après-midi pour l’entrée et la sortie du dragon. Ensuite, selon Benoit Lebeau, l’un des organistes titulaires de l’instrument, "le moment le plus important et le plus impressionnant, c’est la cérémonie de descente de la châsse. L’orgue joue quasi en permanence pendant toute la cérémonie, qui se clôture en apothéose avec le thème du Doudou, évidemment, joué avec l’ensemble des musiciens et sur lequel les Montois frappent des mains et chantent". Le dimanche, l’instrument accompagne la messe de La Trinité, puis la pose de la châsse sur le Car d’or pour le départ de la procession. À son retour, il reprend le thème du Doudou et les litanies, puis les organistes improvisent une sortie tonitruante.

Des vidéos pour présenter les orgues de la collégiale

Ce week-end, rien de tout cela n’aura lieu. Mais pour que l’orgue puisse conserver toute sa visibilité, les deux organistes titulaires de l’instrument, Benoit Lebeau et Bernard Carlier, ont décidé de tourner une série de vidéos pour raconter l’histoire de l’instrument au grand public, expliquer son fonctionnement et le faire entendre. Benoit Lebeau raconte la genèse de ce projet : "J’avais l’idée en tête depuis très longtemps, pour faire connaître l’orgue à une plus grande échelle. Puis quand on a annoncé le report ou l’annulation du Doudou, le président de la fabrique d’église a envoyé un mail collectif pour demander nos idées pour faire vivre la collégiale autrement. J’ai téléphoné à Bernard, on a discuté un peu et l’idée est ressortie à ce moment-là de faire des vidéos avec les moyens du bord pour présenter les instruments de la collégiale".

La première vidéo, publiée sur la chaîne YouTube de la collégiale à l’occasion du dimanche de Pentecôte, détaille l’histoire mouvementée de cet instrument monumental, le plus grand orgue belge datant du 17e siècle, qui vient tout juste d’être restauré, entre 2014 et 2018.

Plus de trois siècles d’histoire et de transformations

Tout commence en 1693. Le facteur d’orgues montois Matthieu Le Roy construit un orgue gigantesque (49 jeux, 4 claviers et un pédalier) pour la riche abbaye Notre-Dame de Cambron-Casteau, fondée en 1148 par des moines cisterciens et dont les ruines se trouvent sur l’actuel site de Pairi Daiza. L’instrument est le deuxième plus grand de nos régions, après celui de l’Abbaye d’Orval, détruit à la révolution française. Il aurait très bien pu connaître le même destin, mais il est sauvé par une coïncidence : l’abbaye est contrainte, en 1789, de fermer ses portes, sur ordre de Joseph II, l’Empereur du Saint-Empire romain de la nation germanique. L’orgue est alors vendu à une église bruxelloise. Mais après le décès de l’empereur l’année suivante, l’abbaye est momentanément rouverte. L’orgue est à peine démonté et rapatrié que l’abbaye est pillée par les Français. N’ayant pas été remonté, il échappe à la destruction.

C’est à ce moment que l’instrument passe entre les mains de la collégiale Sainte-Waudru. L’église, auparavant dédiée au chapitre noble des chanoinesses pour un usage privé, vient d’être transformée en une église paroissiale, en 1803. L’orgue est remonté à son emplacement actuel entre 1808 et 1811. Il subit alors une longue série de restaurations et de modifications au cours du 19e siècle, avant de se trouver complètement défiguré en 1925 par le facteur d’orgue Deam-De Vis, qui le réduit à 25 jeux, 2 claviers et un pédalier. La transmission est remplacée par un système pneumatique poussif et le positif est vidé de ses tuyaux et perd la moitié de sa profondeur. Outre ces dégâts, l’instrument est endommagé en 1942, en raison de la chute d’une bombe dans la collégiale.

Il connaît alors une phase de régénération : les facteurs d’orgue Maurice et Georges Delmotte le reconstruisent intégralement, pour l’amener à 45 jeux, 3 claviers et pédalier. C’est à ce moment que l’orgue de chœur est acquis, pour compenser l’absence de l’orgue de tribune. Enfin, en 2014, il est démonté pour une ambitieuse restauration de 4 ans, qui est entreprise, sur base d’un projet de Luc De Vos, par une association des manufactures Thomas et Klais et de la société Monument Hainaut. Considérée comme très réussie, elle a permis de repartir du matériel issu des différents stades de la vie de l’instrument, tout en corrigeant les problèmes qu’il connaissait. L’orgue est désormais composé de 4 claviers, d’un pédalier et de 70 jeux, et permet d’aborder aussi bien la musique baroque que les répertoires romantiques, symphoniques et modernes.

Pour plus d’informations, découvrez la vidéo très complète réalisée par Benoît Lebeau :