Don Giovanni à La Monnaie en mode "mondo ladro" ****

Don Giovanni à La Monnaie en mode "mondo ladro" ****
Don Giovanni à La Monnaie en mode "mondo ladro" **** - © Tous droits réservés

On ne présente plus le visage tragique de Don Giovanni. C’est l’histoire d’un homme dont la boulimie sexuelle n’a pas de limite.

Il semblait simple, évident, aujourd’hui, que le collectif Le Lab grossisse le trait du prédateur et lui lance des fruits de saison et des œufs alors que son corps sans vie est traîné par les pieds aux enfers. Mais non : dans ce Don Giovanni de La Monnaie, tout le monde prend son pied. Souvent, de manière non-conventionnelle, avec des fouets, des férules, des souliers à clou, des talons-hauts (pour les hommes) et des talons-hauts (pour les femmes, pas de discrimination). La construction koolhaasienne qui sert de topographie à l’action est spectaculaire et – même si elle a le défaut de faire chanter certains d’assez loin –, elle sert admirablement le drame. Il y a quelque chose du monde de Terry Gilliam ou d’Almodovar dans ce Boulevard techno-tragique, quelque chose qui marche totalement, même si l’action est tellement rapide et plurielle qu’on n’est pas totalement certain d’avoir tout compris. Tant mieux, ça donne à réfléchir, pour plus tard. D’autant que, rarement, Don Giovanni, n’aura bénéficié d’un tel travail de troupe, avec des chanteurs dont l’homogénéité est sidérante, sans jamais trahir la beauté des individualités.

Le Don Giovanni de Björn Bürger (qui est déguisé en Terry Richardson, l’un des premiers artistes tombés pour #MeToo) joue la décompensation psychotique. Il n’est ni désagréable ni particulièrement aimable. On comprend qu’il dérive. Sa voix, elle, sied on ne peut mieux aux difficultés du rôle. Les dames sont épatantes (Simona Saturova en Anna, Lenneke Ruiten en Elvira – qui ne font qu’une bouchée de leur rôle) mais on me permettra de saluer tout particulièrement la Zerlina de Sophia Burgos qui donne à sa partie une gravité et une dimension dont la paysanne jouit rarement. Mêmes superlatifs pour les hommes (Alessio Arduini en Leporello, Alexander Roslavets en Commendatore et Iurii Samoilov en Masetto). La palme revient néanmoins au prodigieux Juan Francisco Gatell en Don Ottavio.

À la tête de l’orchestre de La Monnaie, Antonello Manacorda fait de l’Antonello Manacorda : ça va vite, ça pétille, c’est idiomatique, historiquement informé et ça déborde de théâtre. Voilà qui relègue au second plan l'aridité (relative) de certains pupitres, une petite frustration sur l’architecture générale et des décalages qui – dans cette scénographie – n’étonnent guère. Une soirée merveilleuse et presque idéale, fut-ce la coupure navrante de la première partie du lieto-fine qui laisse comme un petit goût d’amertume face à une proposition totalement emballante. Courez-y quand même.

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK