Dix vidéos d'opéra pour sortir de la morosité

L'opéra, sans doute, est le lieu de toutes les tragédies : on y célèbre le meurtre, la maltraitance et toutes les perversions, surtout celles qui empêchent les sopranos de trouver le sommeil. Mais c'est aussi l'endroit où - de temps en temps - il est permis de dénouer son nœud de cravate et de s'abandonner à un bon rire franc en se tapant les cuisses ou à un frisson de plaisir parfois coupable. Voici dix vidéos qui remplaceront avantageusement tous les calmants, chimiques ou holistiques. 

1. Bryn Terfel veut s'en mettre plein les poches

Le géant gallois fait désormais le tour des grands théâtres du monde dans le rôle de Wotan, le Dieu des Dieux dans la Tétralogie de Wagner. S'il affectionne ce rôle censément sinistre et placide, il ne rate pas une occasion en récital pour mettre son incroyable vista au service de la bidonnade. Le voici remplaçant Ivan Rebroff dans l'air le plus célèbre du Violon sur le toit, où un pauvre bougre s'adresse directement au Tout-Puissant pour lui faire entendre qu'il ne serait pas contre le fait d'hériter d'un ou deux millions de roubles sonnants et trébuchants. 

2. Cecilia Bartoli réalise un home run

Filmer au concert, c'est mal. C'est même très mal. C'est même formellement interdit. Et s'il nous est déconseillé de promouvoir des pratiques illégales, louons dans notre barbe ce spectateur du Barbican de Londres qui captura pour l'éternité ce bis donné par Cecilia Bartoli. On y voit la mezzo-soprano romaine réaliser une sorte de triple-axel du chant baroque, avec une légèreté et un humour immédiatement communicatifs. 

3. Thomas Hampson pour l'honneur de Sa Majesté

L’hymne Rule Britannia est traditionnellement le clou de la Last night of the Proms, avec participation obligée des 5500 spectateurs du Royal Albert Hall : martiale, patriotique, folklorique, humoristique, la prestation de Thomas Hampson en 1998 est restée dans les mémoires !

4. Renée Fleming chante avec moutons et cochons

S'il est bien connu que les sopranos sont souvent amenées à chanter aux côtés de gros cochons, l'acception est rarement comprise littéralement. C'est pourtant l'exercice auquel s'est prêté la diva américaine en donnant la réplique aux moutons et aux cochons des Muppets qui finissent même par piétiner sa belle robe de concert. 

5. Le Messie en mode pimpé

Loin des scrupules philologiques, Eugen Goossens écrivit pour Thomas Beecham une version de l’Halleluia du Messie pour grand orchestre et chœur fourni, avec coups de cymbales à gogo. Simon Rattle, tout en reconnaissant que c’était "a bit over the top" (un peu exubérant) en régala le public du nouvel an berlinois en 2012... en bis des Carmina Burana!

5bis. La petite culotte du Messie

A défaut d'être sensible à la lecture grandiloquente de Sir Simon Rattle, on regardera avec beaucoup de tendresse cette production amateur du Messie qui part en sucette quand le comédien incarnant Jésus réalise un petit roulé-boulé sur lui même, dévoilant aux dévots mélomanes un élément très rare du Saint attirail : la Sainte-culotte. 

6. Glitter and be gay à Broadway

Pauvre, malheureuse Cunégonde ! De tous les protagonistes de Candide, elle est certainement la moins bien lotie : exilée, ruinée, dévorée par le petite vérole et exploitée sexuellement par un groupuscule de truands bulgares (c'est Voltaire qui le dit et ça ne s'invente pas), il lui suffira de mettre la main sur quelques bijoux pour retrouver des couleurs. Au-delà de l'apparent sexisme situationnel, reconnaissons à la comédienne Kristin Chenoweth le talent d'avoir su renouer avec l'esprit de Broadway, lequel a vu naître le chef d'oeuvre de Bernstein. 

7. Natalie Dessay aux Enfers

On devine la sidération des spectateurs de la fin du siècle dernier quand Natalie Dessay, sans crier gare, est apparue sur scène. La voici dans les dernières mesures d'Orphée aux Enfers de Jacques Offenbach  où elle parvient, mieux que personne, à incarner les tourments de cette femme au bord de la crise de nerfs

8. En masterclass "il suffit de faire comme moi"

Celle-ci est particulièrement cruelle. On connaît le petit jeu de la masterclass : un grand maître donne cours à un élève devant son public. Si la plupart des artistes font montre de beaucoup de considération pour la fragilité des talents qui passent entre leurs mains, la démonstration d'un Alfredo Kraus quasiment septuagénaire face à ce jeune ténor qui ne parvient pas à atteindre sa note aiguë tourne un peu à l'humiliation. Mais le public est ravi. 

9. Le Voyage a Reims se fait bisser

Pesaro 1984 : c’est la fabuleuse renaissance du Viaggio a Reims  de Rossini sous la houlette de Claudio Abbado qui a réuni une distribution mémorable. 1988 : reprise à Vienne, avec un bis hilare et enthousiaste qui fait revivre la joie rossinienne dans sa prime fraîcheur, avec - en prime - La Caballé qui n'avait pas oublié de prendre son ovomaltine !

10. Rowan Atkinson justifie le Brexit lyrique

Quelques années avant le Brexit, Rowan Atkinson, alias Mr. Bean, attestait déjà de brillante manière la profonde affinité entre le génie anglais et la fibre européenne.

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