Disparition de la grande soprano italienne Mirella Freni

Mirella Freni, l’une des plus grandes sopranos italiennes, est décédée ce dimanche 9 février à l’âge de 84 ans à Modène, des suites d’une longue maladie. Camille De Rijck retrace pour nous la carrière de Mirella Freni.

Une légende de la scène lyrique

Mirella Freni est une véritable légende du chant, une légende qui pourtant avait installé son existence toute entière sur un principe qui est plutôt rare, la modestie. Mirella Freni, loin de la tradition des divas du XVIIIe et XIXe siècle mais loin aussi de ses contemporaines comme Maria Callas, incarnait une sorte de granit très noble, incarnait aussi cette force tranquille absolument folle qui l’a fait traverser professionnellement cinq décennies. Elle a commencé en 1955 dans le rôle de Micaëla dans Carmen – petite anecdote, la fille de Mirella Freni s’appelle Micaëla, preuve qu’elle a gardé tout au long de sa vie dans un coin de sa tête ce personnage, qui lui ressemblait si intimement : elle si modeste, si simple et dédiée à tous les autres.

Une voix comme un coussin de velours sonore

Sa voix était une sorte de coussin de velours sonore, associé à une puissance assez rare, puissance physique, dans la mesure où sa voix était d’une grandeur folle mais puissance émotionnelle aussi : quand elle chantait dans le grand air de la Bohème ces paroles si simples "Oui, je m’appelle Mimi" et qu’on entendait des paroles quelque peu prosaïques, on devinait derrière cette voix le drame qui allait se dessiner sous nos oreilles.

Deux rencontres déterminantes

Mirella Freni a donc commencé en 1955. Il y a deux rencontres qui ont été particulièrement marquantes pour elle : la première, sa rencontre avec le chef d’orchestre Herbert von Karajan qui l’a découverte à La Scala précisément dans la Bohème. Freni qui a de commun avec José Van Dam qu’elle a osé dire non au maître puisqu’elle avait refusé le rôle de Turandot qu’elle estimait dépasser ses capacités vocales et peut-être même émotionnelles. Et puis la seconde rencontre, c’est celle avec quelqu’un qui lui ressemblait beaucoup, quelqu’un de simple, de généreux, de gentil, c’est Luciano Pavarotti. Ils ont énormément chanté ensemble, ils ont énormément enregistré ensemble et aujourd’hui si on écoute La Bohème avec Karajan, Mirella Freni et Luciano Pavarotti, on touche là à l’un des sommets absolus de l’opéra italien enregistré.

Mirella Freni manquera à tout le monde, y compris à sa famille, sa fille qui avait écrit un livre qui s’appelait "La petite fille sous le piano" et l’on pleure aujourd’hui l’une des chanteuses les plus attachantes de la lyricosphère. 

Sœur de lait de Luciano Pavarotti

Née à Modène en 1935, Mirella Freni fut dès l’enfance très proche du ténor Luciano Pavarotti. Nés tous les deux la même année à Modène, leurs mères travaillaient toutes deux dans la même usine de tabac. Elles ne pouvaient donc pas allaiter leur enfant et Mirella et Luciano ont été nourris par la même nourrice. Une amitié qui se prolongera tout au long de la vie et de la carrière des deux chanteurs, qui ont très souvent partagé la scène.

Après près de 50 ans de carrière, Mirella Freni s’était retirée de la scène internationale en 2004, en chantant dans La Pucelle d’Orléans de Tchaïkovski à l’Opéra national de Washington. Elle avait alors 70 ans et chantait le rôle de la jeune Jeanne d’Arc. 

L'hommage de Camille De Rijck

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