"Demandez à Clara", la plateforme qui met en lumière les compositrices et leurs œuvres

Le Centre Présences féminines a mis en ligne en juin dernier sa plateforme gratuite et collaborative Demandez à Clara qui rassemble des milliers d’œuvres de compositrices d’hier et d’aujourd’hui et qui a pour objectif de donner une meilleure visibilité à la création musicale des femmes qui a été trop longtemps marginalisée, cachée et déconsidérée.

Une nouvelle visibilité pour les compositrices

"Demandez à Clara" emprunte son nom à l’une des plus grandes représentantes de la création musicale féminine de l’histoire, Clara Schumann, qui représente parfaitement ces compositrices dont le travail a été occulté par leurs contemporains masculins. Ce travail de recensement a pour but de faire connaître ces compositrices et leurs œuvres non seulement du grand public mais surtout des musiciens et des programmateurs de concerts, afin que ces œuvres soient enfin plus jouées

"Depuis notre tendre enfance, on n'entend pas de musique de compositrices, ou si rarement qu'on n'en garde pas la mémoire", souligne Claire Bodin, directrice du festival "Présences féminines" et initiatrice du projet "Clara". "À nous musiciens et musiciennes, aucun 'matrimoine' n'a été transmis ; on a été biberonné à l'idée du génie du grand compositeur, toujours un homme, sans jamais s'interroger sur le répertoire des compositrices".

Pour son lancement, la plateforme compte déjà 4662 œuvres de 770 compositrices, un catalogue auquel viendront se rajouter 4000 œuvres supplémentaires dès octobre 2020, avec notamment les oeuvres de Hildegarde de Bingen, sainte de l'Eglise catholique et l'une des premières compositrices connues.

La recherche d’une œuvre ou d’une compositrice est très simple et vous permet de rechercher par époque, de 1618 à 2020, par instrument, par effectif instrumental, par nationalité aussi, favorisant ainsi la découverte inopinée de pépites.  Parmi les plus anciennes compositrices répertoriées, les Italiennes Francesca Caccini - qui serait la première femme à avoir composé un opéra -, Isabella Leonarda et Barbara Strozzi, l'une des première compositrices professionnelles, ou encore la Française Elisabeth Jacquet de la Guerre.

On retrouve sur la plateforme toutes les références des œuvres, leurs éditeurs, mais également des notices biographiques, des publications, des playlists audio/vidéo, des liens vers des plateformes ressources y sont indiqués, permettant de poursuivre ses recherches.

Demandez à Clara est une plateforme collaborative et est donc appelée à s’améliorer et s’enrichir en permanence. Les contributions sont mises en ligne au fur et à mesure après examen par un comité scientifique composé de musicologues et de musiciens, rendant l’offre vivante et sans cesse actualisée.

Nous souhaitons que CLARA soit une plateforme vivante, réactive évolutive, reflet de l’effort que nous vous demandons en faveur de l’immense répertoire des compositrices dont il reste tant à découvrir.

Enrichir face à des préjugés qui ont la dent dure

Ce travail de recherche de longue haleine a commencé dès 2006. L'objectif est d'enrichir le répertoire.

Il ne faut pas simplement les programmer parce que ce sont des femmes et pour se donner bonne conscience, mais parce qu'il y a un réel intérêt artistique.

La non-programmation des compositrices reste en effet un frein majeur à la diffusion de leurs œuvres.

Depuis une dizaine d'années, la claveciniste Claire Bodin donne régulièrement des conférences sur le sujet et rares parmi le public sont ceux qui peuvent donner des noms au-delà du "top 5" des compositrices, comme Clara Schumann, Fanny Mendelssohn, Lili Boulanger ou les contemporaines Betsy Jolas et Kaija Saariaho. "On ne voit que le haut de l'iceberg car, même chez les hommes, il y un tas de compositeurs qui méritent d'être mis en avant", rappelle-t-elle.

Pour Claire Bodin, la valorisation des compositrices doit également être menée au niveau des conservatoires. En 2019, Camille Pépin, première compositrice primée aux "Victoires de la musique classique", avait indiqué qu'elle était la seule femme aux cours de composition au Conservatoire de Paris. "Il y a des présupposés qui ont la dent dure mais qui commencent à tomber", avait-elle conclu.

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