Décès de la mezzo-soprano Christa Ludwig, météore lyrique du XXe siècle

L’une des plus grandes voix du XXe siècle vient de nous quitter. La cantatrice allemande Christa Ludwig s’est éteinte ce samedi 24 avril à l’âge de 93 ans, a annoncé dimanche l’agence de presse autrichienne APA.

Le monde lyrique est en deuil : Christa Ludwig, grande mezzo-soprano allemande, est décédée ce samedi 24 avril, elle avait 93 ans. Nicolas Blanmont lui rendra hommage ce jeudi 29 avril dans sa Touche Opéra. 

"Chanter fut pour moi aussi naturel qu’apprendre à marcher"

Baignée dans la musique dès son plus jeune âge grâce à un père travaillant dans les théâtres lyriques, il a notamment dirigé l’opéra d’Aix-la-Chapelle, et une mère professeure de chant, elle intègre l’opéra de Vienne, avec qui elle se produira pendant plus de trente ans, en 1955. Elle reste aujourd’hui encore la seule femme membre d’honneur de l’Orchestre Philharmonique de Vienne. Météore lyrique, elle considère humblement sa carrière comme "bon moyen de subsistance dans la période d’après-guerre".

Christa Ludwig s’est pourtant formé auprès des plus grands : Karl Böhm, Herbert von Karajan et Leonard Bernstein notamment, qui lui ont appris "la beauté et la vérité de la musique". Avec eux, la mezzo-soprano s’est produite sur les plus importantes scènes du monde pendant près d’un demi-siècle, entre 1946 et 1994, l’année de sa retraite.

C’est à la fin des années 50' que sa carrière internationale se lance, alors qu’elle se produit au Lyric Opera de Chicago en tant que Dorabella dans Cosi fan tutte. Elle se produira ensuite au Metropolitan Opera à New York, et ce régulièrement jusqu’en 1990.

Une voix unique au large répertoire lyrique

Pendant 50 ans, elle "ne pense qu’à ses cordes vocales, jour et nuit", et s’administre au quotidien une discipline "semblable à celle des cosmonautes" pour préserver son timbre : pas de tabac ni d’alcool… et même pas de cinéma, "parce que je devrais m’enfuir dès que mon voisin tousse".

Celle dont l’interprétation de la Vénus de Tannhäuser reste une référence ne s’est pourtant pas limitée à l’opéra : ses interprétations de lieders de Schubert, Schumann, Strauss, Mahler ou encore Brahms sont également très appréciées. Elle a été l’une des rares cantatrices capables de chanter avec brio le répertoire de Mozart et de Wagner.

Pour sa première à l’Opéra de Paris en novembre 1971, elle offre un récital de Lieder, marqué par dix rappels. "J’ai peur avant, pendant et le plaisir qui suit est si vite gâché par la pensée de la prochaine représentation", racontait celle qui a eu pour partenaires sur scène Maria Callas et Elisabeth Schwarzkopf.

C’est en 1994, avec Elektra de Richard Strauss, que Christa Ludwig fait ses adieux définitifs à la scène, avec deux années de tournée d’adieux.

La chanteuse d’opéra avait été décorée de la Légion d’honneur en 2010 en France pour l’ensemble de sa carrière lyrique.

"Le monde de la musique perd avec la mort de Christa Ludwig la protagoniste d’une époque lumineuse et inimitable", a réagi le théâtre de La Scala dans un communiqué, tandis que l’Opéra de Vienne saluait sur son site internet "la combinaison particulière d’une voix unique et d’une appréhension des rôles avec intelligence et talent d’interprétation".

A un journaliste qui lui demandait comment elle vivait son statut de diva, elle répondait, non sans humour : "on est une légende si on est encore connu longtemps après sa mort et, de préférence, si on a eu une mort tragique !".

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