Décès de la cantatrice Mady Mesplé : découvrez une archive de l’air qui l’a rendue célèbre

La célèbre soprano colorature Mady Mesplé est décédée ce samedi 30 mai. Nous vous proposons de redécouvrir son talent dans deux archives de l’INA, dont le fameux "Air des Clochettes" issus de l’opéra "Lakmé", qui l’a révélée à Liège.

17 jours à peine après le décès du baryton Gabriel Bacquier, une autre figure majeure du chant lyrique français, la célèbre cantatrice Mady Mesplé, l’une des plus grandes sopranos coloratures de France, s’est éteinte, entourée des siens, dans sa ville natale de Toulouse. Rêvant au départ de devenir pianiste professionnelle, elle a rapidement été repérée et réorientée vers le chant, en raison des qualités exceptionnelles de sa voix. Elle en a d’ailleurs toujours conservé une certaine amertume : "Le chemin était tout tracé. Je n’ai pas l’impression d’avoir choisi. J’avais une voix juste, et ça, c’est un don. Qu’est-ce qu’on peut faire contre cela ou pour cela ?", confiait-elle à France Musique. Toujours élégante, elle était très reconnue pour sa parfaite maîtrise des techniques vocales, la justesse et la pureté de ses aigus, la richesse et la clarté de son timbre. Dotée d’une très large tessiture (3 octaves !), elle montait sans peine jusqu’au contre-sol et était même techniquement capable d’atteindre le contre si bémol.

Née le 7 mars 1931 à Toulouse dans une famille modeste, elle commence le solfège très précocement dès l’âge de 4 ans et entre au Conservatoire de Toulouse en piano et accompagnement alors qu’elle a sept ans à peine. Elle y obtient rapidement un premier prix, mais comme ses parents n’ont pas les moyens de financer des études au Conservatoire National Supérieur de Paris, elle doit se contenter de jouer du piano dans des cabarets et des bals populaires. À l’âge de 18 ans, alors qu’elle reprend des cours de chant au Conservatoire de Toulouse, elle est repérée par l’époux de son professeur de chant, qui n’est autre que Louis Izar, un célèbre ténor français qui est alors depuis peu le directeur artistique du Théâtre du Capitole de Toulouse. Il l’envoie aussitôt passer une audition à Liège avec "L’Air des Clochettes" de l’opéra "Lakmé" de Léo Délibes, un rôle emblématique pour les sopranos coloratures françaises. C’est un succès et elle est engagée pour le rôle de Lakmé au début de l’année 1953, à l’Opéra Royal de Wallonie.

Voici l’une de ses interprétations (bien postérieure) de l'"Air des Clochettes", qui provient des archives de l’Institut National de l’Audiovisuel français (INA). Elle est extraite de l’émission "Palmarès des chansons" du 13 octobre 1966.

C’est donc en Belgique que la cantatrice commence sa carrière : après "Lakmé", elle interprète pour la première fois les rôles prestigieux de Lucia di Lammermoor et de la Reine de la Nuit, avant qu’un collègue français – Gabriel Bacquier, justement ! – lui conseille de se produire en France. Après une poupée Olympia remarquée, dans "Les Contes d’Hoffmann" d’Offenbach, à l’Opéra de Marseille en 1956, c’est à nouveau le rôle de Lakmé qui lui vaut un triomphe à Paris la même année. Sa carrière décolle, elle entre en 1958 à l’Opéra de Paris dans le cadre d’une reprise du "Dialogues des Carmélites" de Francis Poulenc, dans le rôle de sœur Constance.

Voici son interprétation de "Griserie", tirée des archives de l’INA. Elle est extraite de l’émission "Cadet Rousselle" du 11 novembre 1971.

Jusqu’à la fin des années septante, elle se produit régulièrement sur les plus grandes scènes mondiales : le Palais Garnier de Paris, le Met de New York, le Lyric Opera de Chicago, le San Carlo de Naples, le Grand-Théâtre de Genève, le Bolchoi de Moscou et bien d’autres, sans oublier le Théâtre du Capitole de Toulouse, qu’elle a fréquenté assidûment des deux côtés de la scène tout au long de sa vie. Elle abandonne l’opéra au début des années 80 et ne donne plus que des récitals occasionnels, notamment à Aix en 1980, à la Salle Gaveau de Paris en 1982. Elle se consacre alors à l’enseignement, d’abord à l’académie de Nice, puis dans les conservatoires nationaux de Lyon, Bordeaux et Saint-Maur-des-Fossés. La fin de sa vie est marquée par des épisodes difficiles : la mort de sa fille, âgée d’à peine 32 ans, en 1991, puis le diagnostic de Parkinson en 1996, dont elle témoigne dans le livre "La Voix du corps : vivre avec la maladie de Parkinson".

Le 17 mai dernier, il y a trois semaines à peine, Mady Mesplé avait justement fait l’unanimité lors de l’émission "La Table d’Écoute" de Musiq3, qui était consacrée à "La Dame de Monte-Carlo" de Francis Poulenc. Vous pouvez la réécouter sur la plateforme Auvio :

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