De la Reine de la Nuit ou de Sarastro, qui est vraiment le badass ?

Lucia Popp en Reine de La Nuit au MET en 1967
Lucia Popp en Reine de La Nuit au MET en 1967 - © Louis Mélançon

A l'occasion de la très attendue mise en scène de Romeo Castellucci de La Flûte enchantée , à La Monnaie, Camille revient sur une thématique passionnante liée à cette œuvre majeur de Mozart : la question de la polarisation des méchants et des gentils dans les œuvres d'arts dramatiques.

Mais quelle est l'histoire de la Flûte enchantée ?

Un jeune prince arrive dans un royaume et rencontre trois dames, qui le prennent sous leurs ailes. Elles lui présentent leur cheffe, la Reine de la Nuit, qui lui raconte que sa fille a été enlevée par un homme monstrueux, du nom de Sarastro. Le jeune prince décide alors d'aller sauver cette jeune fille - dont il est déjà tombé éperdument amoureux - et puis il tombe entre les mains de Sarastro, qui loin d'être un horrible méchant que lui avait dépeint la Reine de la Nuit, s'avère être une sorte d'ascenseur d'élévation spirituelle qui va demander au jeune homme et à son comparse Papageno de traverser une série d'épreuves spirituelles, pour arriver vers la lumière. On va comprendre que le bon, c'est Sarastro et que la méchante, c'est la Reine de la Nuit. Et le jeune homme et sa fiancé vont aller vers la lumière et la Reine de la Nuit va être engloutie par les abymes.

Une vision différente : le cri de la mère

Résumé de telle manière, nous voyons assez facilement quels sont les bons et les méchants.

Mais Romeo Castellucci veut nous donner une vision différente de l'histoire, en nous demandant de prêter attention à ce qu'il appelle "le cri de la mère". Il croit profondément en la vérité du cri de la mère. Et effectivement, lorsque l'on examine de plus près le personnage de Sarastro et son comportement, on voit qu'il s'agit d'un personnage à la moralité très élevée, mais qui n'est, finalement, que la sienne. Il a surtout envie que le monde entier suive sa morale et ses préceptes, selon lui, la seule manière d'atteindre la lumière, c'est de suivre sa morale et ses préceptes. Pour arrive à ses fins, il enlève une jeune fille, il en vient à supprimer physiquement sa contradictrice, La Reine de la Nuit.

Finalement, à la lumière de tout cela, est-ce que Sarastro est vraiment le bon dans cette histoire ? Est-ce que cette forme de dogmatisme poussé à l'extrême est vraiment ce que l'on veut suivre? A l'époque de Mozart, cette forme d'élévation spirituelle était, bien évidement, dans l'ère du temps. Mais dans nos yeux de contemporains, effectivement, ces cris de la mère ne sont pas la manifestation de l'hystérie féminine mais au contraire le cri de révolte bien légitime d'une mère dont on a enlevé sa fille.

La Flûte enchantée de Mozart, mise en scène par Romeo Castellucci, c'est le premier opéra de la saison de La Monnaie et vous pourrez le suivre en direct en radio, en télévision et en streaming web le jeudi 27 septembre dès 20h.  

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