De la discrimination raciale et des stéréotypes dans le monde de la danse classique

C’est dans un contexte particulièrement tendu que l’Opéra de Paris entreprend une réflexion autour de la problématique de la discrimination raciale, au sein de l’institution, mais également autour de la question des stéréotypes au sein du répertoire du ballet classique. Le directeur de l’Opéra de Paris, Alexander Neef, attend d’ailleurs les conclusions du rapport sur la diversité au sein de son institution.

"De la question raciale à l’Opéra de Paris"

Au mois d’août dernier, l’Opéra de Paris est secoué par la publication d’un manifeste rédigé par plusieurs salariés noirs et métis de l’institution, intitulé "De la question raciale à l’Opéra de Paris". Ce manifeste, signé par plus de 400 salariés demande, entre autres, une plus grande réflexion sur les "stigmates de la discrimination raciale" qui persistent au sein de l’Opéra : entre sous-représentations des danseuses et danseurs noirs ou métis – ils sont moins de dix dans un corps de ballet de 150 danseuses et danseurs -, les discours discriminatoires qui subsistent et les nombreux stéréotypes d’un autre temps véhiculés par plusieurs ballets classiques du XIXe siècle, la question de la discrimination raciale est remise au centre du débat et des réflexions au sein de l’Opéra de Paris.

Alexander Neef, nouveau directeur de l’Opéra de Paris entré en fonction le 1er septembre dernier, n’est pas resté sourd à cet appel venant de ses salariés : il a commandé une mission sur la diversité au sein de l’institution, confiée à l’historien Pap Ndiaye et de Constance Rivière, secrétaire générale du Défenseur des droits, et dont les conclusions devraient être remises d’ici peu.

Discrimination raciale et stéréotypes dans le monde du ballet classique

Cette réflexion menée par l’Opéra de Paris s’inscrit dans un contexte de réflexion plus global sur la représentation de la diversité dans la culture : les controverses autour du roman d’Agatha Christie les Dix petits nègres rebaptisé Ils étaient dix et du film Autant en emporte le vent, supprimé temporairement du catalogue d’HBO Max pour y ajouter une contextualisation en plein mouvement Black Lives Matter, ou encore les avertissements ajoutés par Disney au début de certains de ses classiques d’animation sur sa plateforme de streaming, en sont quelques exemples.

Il faut dire que le milieu de la danse classique n’échappe pas au discours raciste et aux discriminations raciales. Il y a quelque mois, la danseuse française Chloé Lopes Gomes, première danseuse de couleur à avoir intégré le Staatsballet de Berlin, dénonçait un racisme institutionnalisé au sein du corps de ballet berlinois. Dans un entretien, elle révélait les humiliations et les abus racistes récurrents dont elle a été victime. Et si, heureusement, ces comportements ne sont pas la norme au sein de tous les corps de ballets en Europe, certaines pratiques discriminatoires restent ancrées.

Si le "blackface" a disparu ces cinq dernières années de l’Opéra, si le coiffage de cheveux crépus et le teint des collants et des pointes sont en cours d’adaptation et si la diversité au sein du ballet peut se travailler sur la durée, la question du répertoire des ballets classiques est bien plus complexe.

Pour une contextualisation des ballets du XIXe siècle

En effet, certains ballets du XIXe siècle, comme La Bayadère, Le Corsaire ou encore Casse-Noisette, véhiculent nombre de stéréotypes à caractère racistes, issus d’un autre temps, qui sont la représentation d’une pensée passée, et qui demandent donc une recontextualisation.

"N’importe quelle œuvre peut être recontextualisée", assure Kader Belarbi, ancien danseur étoile et directeur du Ballet du Capitole, interrogé par l’Agence France Presse.

Ayant revisité entre autres "Le Corsaire" (créé à Paris en 1856), il est pour une "relecture en profondeur" des classiques, sans "qu’il y ait une perte de mémoire" et "qu’on devienne aseptisé".

"On ne peut pas condamner un passé, mais il ne faut pas rester dans des clichés caricaturaux de personnages et une pantomime désuète".

Dans "La Bayadère" que le Capitole était censé présenter en 2020, "nous avons décidé que les Indiens ne seraient pas maquillés en couleur sombre… et pour le ballet Les Mirages, nous discuterons pour repenser le passage des négrillons", indique le directeur qui veut "faire attention à certaines sensibilités ou susceptibilités, mais sans tomber dans le politiquement correct".

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