Coronavirus : l'Opéra de Sofia, l'une des rares institutions en Europe à maintenir ses représentations malgré la pandémie

L'Opéra de Sofia, en Bulgarie, est l'une des rares institutions culturelles européennes à maintenir ses représentations malgré la pandémie de coronavirus. Des adaptations apportées au plan de la salle et à la longueur des représentations ont permis le retour du public dans la majestueuse salle de l'Opéra de la capitale bulgare. 

Une ambiance de fête 

Dans le paysage désolé de la culture européenne, certaines images font plaisir à voir et redonnent un peu d'espoir. A l'Opéra de Sofia, en Bulgarie, l'orchestre s'installe dans le parterre, le public est aux balcons et assiste à un opéra sans entracte.

De Tosca à La Traviata, le programme proposé aux habitants de la capitale bulgare est riche, loin du silence qui règne à Vienne, à Paris, Milan ou Bruxelles. Et ce n'est pas pour déplaire aux spectateurs qui se réjouissent de ce retour dans les salles de concert : 

"J'ai soif de musique. Alors pourquoi penser au risque? Il n'est pas plus élevé ici qu'en magasin ou dans le métro", assure Petya Petkova, une retraitée accompagnée de sa fille.

Malgré la prise de température de rigueur à l'entrée et les gestes de précaution, règne une ambiance de fête : des bouquets de fleurs artificielles séparent les spectateurs sur les sièges laissés vacants.

Après le confinement du printemps 2020, la Bulgarie, qui applique des restrictions légères en dépit d'un taux de mortalité élevé, a rouvert les lieux culturels en limitant leur capacité à 30%.

Jouer devant une poignée de spectateurs, "c'est mieux que de le faire seul dans son salon désert", commente le directeur de l'Opéra, Plamen Kartaloff.

Un défi acoustique

Après la froideur des représentations virtuelles, la soprano Stanislava Momekova est impatiente de retrouver la scène. "J'ai besoin de me mettre dans la peau d'un personnage, de partager mes émotions avec le public", s'exclame l'interprète de Violetta.

"Et l'envie de jouer est plus forte que la peur", lance l'artiste de 36 ans, alors que la mort du ténor Kamen Chanev, contaminé par le coronavirus en novembre, après avoir interprété dans le sud de la Bulgarie Otello, "le rôle de ses rêves", a ému tout le pays.

Pour le chef d'orchestre, Evan-Alexis Christ, venu d'Allemagne où "tout est annulé", si c'est un "défi acoustique" que de se plier aux restrictions sanitaires, il est relevé avec bonheur.

Les musiciens ont quitté la fosse pour avoir plus d'espace. Ils se trouvent plus loin de la scène, plus près du public, et doivent donc veiller à "jouer plus doucement" pour ne pas masquer la voix des chanteurs, explique le chef d'orchestre.

Le concept est "réussi", "chacun est très discipliné", juge le maestro américain. Un concept qui, selon les dires de ce dernier, fait l'envie de ses confrères du monde entier. En effet, la majorité du monde culturel européen et même mondial est à l'arrêt depuis plusieurs mois, et des voix s'élèvent de plus en plus fortement pour demander un ajustement des mesures strictes qui pèsent sur le secteur culturel. 

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Un public rajeuni

L'Opéra de Sofia fait réellement figure d'exception en Europe, puisqu'avec l'Opéra de Madrid, il est le seul opéra d'Europe à maintenir ses représentations. "Cela montre qu'il est possible de faire des représentations en ces temps difficiles", assure le chef d'orchestre américain. 

"J'ai le sentiment que les gens sont avides de musique", poursuit M. Christ, qui espère "faire une différence" pour les 250 mélomanes de la salle, comme un remède à la "dépression" qui guette la société.

A l'été 2020, l'Opéra de Sofia a proposé une offre hors-les-murs, avec le Lac des Cygnes sur un ponton, des opéras devant une forteresse romaine, dans les ténèbres d'une grotte ou sur un plateau de cinéma.

Depuis, les spectacles n'ont plus cessé, malgré une puissante deuxième vague en novembre et une troisième qui menace.

En janvier, des concerts étaient adaptés aux bébés - musique moins forte, cris tolérés -, tandis que des comédies musicales étaient "interdites aux adultes non accompagnés d'enfants", plaisante le directeur.

La pandémie a ainsi été l'occasion d'attirer un auditoire renouvelé, à l'image de l'étudiant Martin Damyanov, qui est venu voir La Traviata, "sur les conseils de ses parents".

Une exception de le paysage culturel européen, qui fait envie à tous les artistes d'Europe qui sont, pour la plupart, sans activités depuis de nombreux mois. 

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