Comment fonctionne un orgue ? Les organistes de Sainte-Waudru l’expliquent en vidéo

En l’absence de célébration du Doudou à Mons cette année, Benoit Lebeau et Bernard Carlier, les organistes titulaires des orgues de la collégiale Sainte-Waudru, ont décidé de mettre ces instruments en valeur dans une série de vidéos. Dans deux d’entre elles, ils nous entraînent au cœur des instruments et nous expliquent leur fonctionnement.

En ce week-end de La Trinité, le "Doudou", la traditionnelle et emblématique ducasse de Mons, ne pourra malheureusement pas avoir lieu, en raison de la pandémie de Covid-19. Par la force des choses, l’imposant orgue de tribune et l’orgue de chœur resteront donc muets. Enfin, pas tout à fait… Pour que les instruments puissent conserver une présence symbolique, les deux organistes titulaires des instruments, Benoit Lebeau et Bernard Carlier, ont décidé de tourner une série de vidéos pour raconter l’histoire de l’orgue de tribune (le plus grand de Wallonie), présenter son fonctionnement et le faire entendre. "Il y a évidemment un but pédagogique, de montrer comment fonctionne un orgue, et puis de présenter en quelques mots le grand orgue", explique Benoît Lebeau.

La première vidéo était consacrée à la présentation de l’histoire mouvementée de l’orgue de tribune, fraîchement restauré et reconstruit entre 2014 et 2018 par une association des manufactures Thomas et Klais et de la société Monument Hainaut, sur base d’un projet de Luc De Vos. Un article lui a été consacré sur notre site. Deux autres vidéos permettent de découvrir la mécanique d’un orgue et de comprendre le fonctionnement de la console, le meuble sur lequel se trouvent les claviers et le pédalier, où joue l’organiste.

 

Comment fonctionne la mécanique de l’orgue ?

Pour expliquer le fonctionnement mécanique de l’instrument, Bernard Carlier part d’un instrument beaucoup plus modeste que le colossal orgue de tribune : il s’agit du petit orgue de la Chapelle du Saint-Sacrement de la Collégiale. Il dispose du strict minimum : un clavier, 6 jeux et un pédalier accroché, dont les touches sont reliées à celle du clavier, en utilisant les mêmes tuyaux. L’instrument est ouvert pour montrer la laye, le petit compartiment ou est stocké l’air qui arrive du soufflet situé dans le soubassement, et dans lequel se trouvent les soupapes. Ces dernières sont actionnées par les touches du clavier : quand on appuie, elles s'abaissent et l’air peut s’engouffrer dans un autre espace, appelé "gravure", et parvenir de l’autre côté du sommier (la caisse qui soutient les tuyaux). Celui-ci est percé de trous. Une règle coulissante, elle-même percée, vient coïncider avec certains trous pour y laisser passer le vent lorsqu’on actionne un registre, de manière à sélectionner certains tuyaux. Cela permet de composer différentes palettes sonores.

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Schéma du fonctionnement de la mécanique de l’instrument, au niveau du sommier. © Courtesy of Wikipedia

Bernard Carlier revient aussi sur le fonctionnement des tuyaux. Il rappelle que plus un tuyau est grand, plus son son est grave. La partie basse du tuyau, qui s’appelle le pied, est posée sur le sommier. On calcule cependant la hauteur d’un tuyau entre sa bouche (l’ouverture qui se situe un peu au-dessus de ce pied) et son sommet. Les tuyaux peuvent être en métal ou en bois et il en existe plusieurs types. Le plus courant, le jeu à bouche (avec une ouverture au-dessus du pied), fonctionne comme une flûte : l’air entre par le pied, vient se briser sur un biseau et sort à la fois par la bouche et par l’extrémité du tuyau. Certains tuyaux à bouche, appelés les bourdons, sont fermés à leur extrémité : outre une sonorité plus douce, ils sonnent une octave plus bas qu’un tuyau ouvert de même taille. Cela permet donc d’utiliser des tuyaux deux fois plus petit (c’est utile quand on a besoin d’un tuyau de 10 mètres). Outre les tuyaux dits "à bouche", il existe des tuyaux "à anche", sans bouche. C’est le même principe que dans une clarinette, où le son est produit par la vibration d’une anche en roseau : l’air vient ici faire vibrer une languette en laiton, puis le son se répercute dans le pavillon du tuyau. Chaque famille de tuyau peut en outre avoir des formes différentes, de manière à produire la grande variété de sons qui fait la richesse de cet instrument-orchestre.

À la découverte de la console de l’orgue de tribune

Benoît Lebeau présente quant à lui la console de l’orgue de tribune, impressionnante avec ses 4 claviers, son pédalier et ses 70 jeux. Il explique notamment la fonction de chacun des claviers, qui contrôlent des endroits différents de l’orgue. Le clavier du bas, le positif, actionne des tuyaux qui se trouvent dans le petit buffet situé tout à l’avant de l’orgue, devant la console, pour donner une impression de proximité spatiale. Le deuxième, le grand-orgue, est le clavier principal de l’orgue, avec la plus grande puissance sonore. Le troisième clavier est le récit, situé tout à l’arrière pour obtenir des effets d’écho. Le quatrième, enfin, est un clavier solo complémentaire des autres. Le pédalier possède également des jeux (donc des tuyaux) qui lui sont propres. Les différents claviers et le pédalier peuvent être accouplés de différentes manières, c’est-à-dire liés de telle sorte qu’en enfonçant une touche, on puisse faire sonner des tuyaux qui appartiennent à un autre clavier. Cela permet de mobiliser toute la puissance de l’instrument dans les tutti. En outre, il y a une pédale de crescendo général, qui ajoute progressivement tous les jeux de l'orgue, et une pédale d'expression, qui permet des nuances plus subtiles au niveau du récit. Ses tuyaux se trouvent dans une boîte munie de jalousies, des volets actionnés par cette pédale qui peuvent s’ouvrir ou se fermer, de manière à pouvoir varier l’intensité du son (du piano au forte) pour l’expressivité.

Outre ces vidéos explicatives, les organistes de la collégiale proposent en outre, au cours du week-end, une série de vidéos musicales, notamment en lien avec le folklore du Doudou. Elles peuvent être visionnées sur la page YouTube de la collégiale. Découvrez par exemple ci-dessous le très emblématique thème du Doudou. On peut également y entendre le Trumpet Voluntary, traditionnellement joué pour ouvrir la cérémonie de descente de châsse, Choral Marche de Reyns, la toccata et fugue en ré mineur de Bach, le prélude du Te Deum de Charpentier, Pange Lingua de Quinet, ainsi que le choral "Jésus, que ma joie demeure" de Bach.

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