CHRONIQUE LITTERAIRE - "Frère d'âme" de David Diop

CHRONIQUE LITTERAIRE - "Frère d'âme" de David Diop
CHRONIQUE LITTERAIRE - "Frère d'âme" de David Diop - © Tous droits réservés

Cette semaine, Sophie Creuz nous propose un livre qui est sur toutes les listes de prix littéraires de l'automne, Fémina, Medicis, Goncourt, le premier roman de David Diop. Il apporte un regard original sur la Grande Guerre dont on célèbre le centenaire de l'armistice ce 11 novembre.

Une chronique à écouter dans son intégralité ici.

Un regard original et singulier sur la Grand Guerre

"Celle que j'préfère" chantait Brassens avec ironie, et on le sait, la chanson, les arts, et en particulier la littérature, se sont beaucoup fait l'écho de la Grande Guerre. Enfin, grande par l'hécatombe ça c'est sûre. Elle avait eu pour ouvrir les commémorations, le formidable "Au revoir là-haut" de Pierre Lemaître, prix Goncourt, adapté de manière magique au cinéma et voici que pour l'armistice, en 2018, paraît "Frère d'âme". Peut-être le futur Goncourt, nous le saurons ce mercredi 7 novembre ! 

David Diop apporte un regard tout à fait original et singulier sur la guerre, et surtout une voix. Parce que c'est un monologue - qu'on verrait très bien au théâtre d'ailleurs. Celui qui nous parle, ou plutôt qui se parle à lui-même, est un soldat enrôlé dans l'armée française, mais c'est un Africain, un de ces Tirailleurs sénégalais que l'histoire n'a retenu que pour le côté exotique de leur tenue de zouave, qui à l'époque a inspiré l'illustrateur de Banania. Et nous, nous sommes dans sa tête, dans un soliloque qu'il se dit en wolof, parce qu'il ne parle pas le français. Que nous, évidemment, au contraire des gens qui l'entourent, nous comprenons.

"Frères d'âme"

il y a du Candide dans son roman d'apprentissage d'un naïf sorti de son village pour se retrouver au Chemin des Dames - ce qui n'est pas étonnant lorsque l'on sait que David Diop enseigne la littérature du XVIIIe siècle. Mais ce personnage n'est pas venu seul, il s'est engagé avec son meilleur ami, son frère d'âme comme il l'appelle qui est mort dans ses bras. Et qui le suppliait de l'achever mais qu'il a laissé mourir parce qu'une injonction supérieure l'empêchait de tuer son propre frère. Et voilà le point de vue original de ce roman qui sonde à la fois l'humanité, - qu'est-ce qui fait de nous des humains ? - et en même temps, la barbarie. Quand une guerre dite de civilisation vous oblige à la sauvagerie on est en droit de se poser des questions... Et c'est un "sauvage", enfin, dans la mythologie coloniale de l'époque, qui nous pose ces questions. 

David Diop, Frère d'âme, paru au Seuil

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