CHRONIQUE LITTERAIRE - " Au premier regard " de Margriet de Moor

CHRONIQUE LITTERAIRE - « Au premier regard » de Margriet de Moor
CHRONIQUE LITTERAIRE - « Au premier regard » de Margriet de Moor - © Tous droits réservés

Cette semaine, Sophie Creuz nous propose Au premier regard de Margriet de Moor.

Une chronique à écouter dans son intégralité ici.

Une ambiance à la Vermeer

Nous sommes dans un intérieur hollandais, au Nord des Pays-Bas, dans une maison de village. Impossible de ne pas penser à ces petits maîtres hollandais anonymes ou même à Vermeer. Ici aussi nous apercevons une femme de dos, dans sa cuisine, elle est en train de faire un gâteau, et pourtant deux heures du matin sonnent à la cloche de l'église. Elle est pieds nus mais a enfilé le long manteau brun de l'homme qui dort dans sa chambre. Quelle ne connait que depuis le matin.

C'est sa manière à elle de combattre l'insomnie, et de rassembler sa pensée autour de gestes familiers, rassurants, de ramener aussi peut-être l'idée du foyer. L'homme qui est là haut, elle l'a rencontré par petite annonce, comme tous les hommes depuis la mort de son mari, treize ans plus tôt. D'habitude ils ne restent qu'une nuit, "pour assouvir ses désirs élémentaires" comme elle le dit. Des rencontres sans conséquence, mais cette fois la journée passée à marcher dans les bois gelés et à bavarder autour d'un café à ramener une forme de reconnaissance, de bien-être tout simple qui a remis sa mémoire en mouvement.

Un roman intimiste et pragmatique

Il y a ce gâteau déjà, un Kougloff qui donne sa temporalité au récit puisque qu'il se termine par la minuterie qui indique la fin de la cuisson et la sortie du four. Et pendant que ses mains sont occupées, sa pensée la ramène à ce qu'elle a connu avec son mari. Pourtant elle n'a été mariée qu'un plus d'une année. Un mariage qui fut brisé par la mort brutale et inexpliquée de son jeune époux âgé de 25 ans. Qui était-il vraiment? L'a t-elle aimé passionnément? Pour s'en convaincre il faut qu'elle retrouve une page d'agenda sur laquelle elle lui avait griffonné des recommandations pratiques mais aussi des mots tendres. C'est le thème des romans de Margriet de Moor, ce questionnement sur ce qui nous relie à un autre, et à quoi tient ce lien évident, parfois immédiat et pourtant indéfinissable.

Les phrases sont brèves, sèches comme les hachures d'une gravure qui ombre le dessin de cet intérieur domestique.  Les scènes défilent, les pensées se chevauchent, des images évoquent un paysage d'hiver à la Breughel de patinage sur les canaux mais dans un village actuel avec une jeune femme d'aujourd'hui qui se demande, ce qu'est le désir, à quoi tient l'amour ou le hasard d'un destin. Et elle aborde cela pour elle-même, tout en pétrissant sa pâte, avec dans sa manière d'aborder ces questions, une simplicité transparente. Elle s'aperçoit d'ailleurs qu'elle a toujours répondu honnêtement à tout, sans faire mystère de rien et cela donne un ton très particulier à ce roman.

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