CHRONIQUE LITTERAIRE - "Attachement féroce" de Vivian Gornick

CHRONIQUE LITTERAIRE - "Attachement féroce" de Vivian Gornick
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CHRONIQUE LITTERAIRE - "Attachement féroce" de Vivian Gornick - © Tous droits réservés

Cette semaine, Sophie Creuz nous propose un récit qui remue, un récit de vie, le récit d'une journaliste dont le sujet d'investigation n'est autre qu'elle-même.

Une chronique à écouter dans son intégralité ici.

Vivian Gornick

Vivian Gornick est une critique et essayiste new-yorkaise qui a donné pendant quarante ans des articles littéraires et féministes au magazine Village Voice. Cette dame de plus de 80 ans n'était connue qu'aux Etats-Unis jusqu'à l'an dernier où nous avons découvert son extraordinaire vitalité et ton son mordant. Ses écrits relèvent de cette veine du "nouveau journalisme" des enquêtes de terrain ; elle n'hésite pas à s'impliquer ou à partir de son expérience, et dans un style littéraire qui a révélé des talents comme Truman Capote ou Tom Wolfe par exemple.

Etre son propre sujet d'investigation

Dans cet écrit, Vivian s'observe vivre parmi les autres. Et un nouveau récit qui parait ces jours-ci, s'appelle d'ailleurs "La Femme à part". Depuis qu'elle a huit ans, elle se demande pourquoi elle n'est pas comme sa mère.

Dieu merci je ne suis pas comme ça!

Mais pour le savoir, il a fallu qu'elle quitte l'immeuble familial, fusse pour aller avec les garçons jouer dans la cour et changer de point de vue. Et c'est une technique qu'elle a gardée : en marchant dans les rues de New York, elle participe à un environnement dont elle est un élément qui entre en interaction avec les gens, et fait son miel des petits événements de tous les jours.

Marcher, c'était aussi la seule manière pour elle de voir sa mère, en évitant les querelles. Ces deux là se sont écharpées pendant soixante ans, se jurant que c'était la dernière fois qu'elle se voyaient mais sans pouvoir se passer de leur férocité mutuelle. C'était un moteur puissant, et puis la mère avait une mémoire des scènes, des gens, une façon piquante de s'imposer, et pendant qu'elle racontait ses souvenirs elle n'avait pas le temps de faire des reproches à sa fille, et Vivian oubliait que sa mère ne s'intéressait pas à elle.

Un décor d'avant-guerre dans le Bronx

Il faut planter le décor, nous sommes avant guerre dans le Bronx, les parents de Vivian sont des juifs émigrés d'Ukraine, qui parlent mal l'anglais avec un accent à couper au couteau et qui débarquent dans un quartier bigarré où chaque communauté critique l'autre mais s'entraide. Ce fut un formidable vivier pour celle qui allait devenir écrivain, elle a vu là la manière bruyante, vivante, étonnante dont ces émigrés se sont heurtés mais aussi libérés au contact de la société américaine. Vivian Gornick est née là mais sa mère appartient encore au vieux monde...On est dans un film d'Elia Kazan.

"Attachement féroce" de Vivian Gornick, traduit par  Laetitia Devaux, paraiy chez Rivages-Poche, en même temps qu'un autre récit "La femme à part".

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