Chloé Lopes Gomes, ancienne danseuse du Staatsballet de Berlin, dénonce un racisme institutionnalisé

Première danseuse de couleur à avoir intégré le Staatsballet de Berlin, la Française Chloé Lopes Gomes dénonce le calvaire et le harcèlement racial dont elle a été victime pendant deux ans au sein de l’institution. Elle révèle les humiliations quotidiennes qu’elle a subies et accuse l’institution de racisme institutionnalisé.

Quand le rêve vire au cauchemar

La danseuse française Chloé Lopes Gomes a intégré le corps de ballet berlinois en 2018. Très fière d’être la première femme de couleur à intégrer cette prestigieuse institution, Chloé Lopes Gomes voit cette entrée comme l’accomplissement d’un "rêve d’enfance". Mais malheureusement, le rêve a très rapidement tourné au cauchemar. Dès ses premiers jours au sein du corps de ballet, la danseuse a été victime de propos et d’abus racistes récurrents, notamment de la part de sa maîtresse de ballet.

Dès le lendemain de son admission, sa maîtresse de ballet a dit à l’un des danseurs du corps de ballet qu’elle pensait que c’était une erreur d’engager la jeune ballerine "parce qu’une femme noire gâche d’esthétique" d’un ballet. Des propos extrêmement choquants, qui seront maintes fois répétés par la maîtresse de ballet, qui a passé deux ans à rabaisser et discriminer la danseuse.

"Ta couleur de peau n’est pas esthétiquement acceptable"

Dans une interview accordée au journal The Guardian, la danseuse française explique que cette même professeure l’a forcée à blanchir sa peau pour interpréter le ballet du Lac des cygnes, afin qu’elle puisse "se fondre" dans le corps de ballet. Elle aurait également refusé de lui donner un voile blanc – pourtant essentiel - pour la représentation de La Bayadère, en invoquant comme "simple" raison qu’elle "était noire". Ces affirmations ont été corroborées par un danseur du corps de ballet qui a été témoin de la scène. La danseuse explique également que cette maîtresse de ballet l’avait "utilisée" pour recréer une peinture d’une danseuse noire entourée de danseurs blancs, en lui disant qu’elle montrerait à ses amis que la compagnie "en avait aussi une".

S’ajoutent à ses humiliations quotidiennes des réflexions déplacées sur l’esthétisme de sa couleur de peau, lui répétant plusieurs fois qu’une "peau noir n’était pas esthétiquement acceptable". Un harcèlement moral qui s’accompagnait également de remarques, non fondées, sur la technique de base de la danseuse.

Un racisme institutionnalisé

Chloé Lopes Gomes explique, dans son entretien avec The Guardian, le régime de terreur qui règne au sein du corps de ballet. Si les autres danseurs étaient bien témoins de ces abus racistes, ils avaient bien trop peur d’être renvoyés pour pouvoir parler. La danseuse a bien évidemment approché plusieurs fois le directeur artistique de la compagnie, Johannes Öhman, lui rapportant les agissements de la maîtresse de ballet. Ce dernier mais malgré sa condamnation des faits, n’a pris aucune mesure pour contrer ces abus racistes au sein de l’institution. La danseuse explique également qu’il n’existe aucun moyen, pour les danseurs, de signaler les mauvais traitements dont ils sont victimes ou témoins, renforçant l’anxiété des danseurs, qui vivent dans la peur d’être licenciés.

Cette année, le contrat de Chloé Lopes Gomes n’a pas été renouvelé, "en raison de la crise sanitaire du coronavirus". La nouvelle directrice du Staatsballet, Christiane Theobald, lui a par ailleurs assuré que sa couleur de peau n’était en rien la cause de ce non-renouvellement. Christiane Theobald, qui a repris la main sur cette affaire de racisme, a déclaré que "les comportements racistes et discriminatoires qui ont été mis en lumière dans notre compagnie nous touchent profondément. Les compétences et les outils nécessaires pour traiter les questions de discrimination doivent être travaillés en profondeur", annonçant donc une vague de réformes et de restructuration au sein de l’institution.

Le soutien du monde du ballet

Les déclarations de Chloé Lopes Gomes ont suscité de vives réactions dans le monde du ballet : la danseuse française a reçu le soutien de bon nombre de danseurs et danseuses, comme la star américaine du ballet Misty Copeland, danseuse principale de l’American Ballet Theatre, et également d’institutions comme l’English Ballet ou l’Opéra de Paris.

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