Au Japon, un piano à queue insolite sans touches noires

C’est un piano à queue des plus banals… à ce détail près qu’il ne comprend aucune touche noire. Là où un grand piano à queue normal comprend 52 touches blanches, aussi appelées "marches" et 36 touches noires, appelées "feintes", il se limite aux 52 marches, qui occupent toute l’étendue et toute la profondeur du clavier. L’instrument, conçu par la marque Sinhakken, se trouve au Japon. Le résultat ne manque pas d’élégance et de symétrie, mais est-il vraiment fonctionnel ?

En l’occurrence, si l’idée fait sourire, on voit mal ce qu’elle pourrait apporter comme avantage. Certes, sans le frein potentiel des touches noires, on pourrait imaginer qu’il soit possible de gagner encore en vélocité. Mais est-ce vraiment souhaitable ? Et surtout, à quel prix ? Sans les touches noires, on perd les altérations qui permettent à la fois de moduler et d’apporter des couleurs à la musique. En bref, au lieu de 12 tonalités majeures et 12 tonalités mineures, on est limité à du do majeur ou à du la mineur antique… et sans altérations accidentelles ni sensible. Dans le meilleur des cas, on peut étendre le répertoire aux modes qui ne demandent que des touches blanches, notamment le do ionien, le ré dorien, le mi phrygien, le fa lydien, le sol mixolydien, le la éolien et le si locrien, certains modes pentatoniques ou tétratoniques, etc. Autant dire que l’on reste très limité et que l’on perd énormément de possibilités.

De plus, les touches noires, par leur disposition asymétrique, permettent une spatialisation sur le clavier, tant sur le plan visuel que sur le plan tactile. Les doigts du pianiste mémorisent les différences d’espacement entre les touches noires, ce qui leur permet de reconstituer une image mentale du clavier. C’est une façon de voir avec les doigts, en quelque sorte. Privés de ces touches, ces précieux repères disparaissent. Sans parler du caractère déstabilisant d’un tel clavier, qui impose un temps d’apprentissage pour s’y habituer.

Une histoire faite d’accidents

Une tentative qui laisse sceptique, donc… Mais elle a au moins le mérite de nous rappeler que les instruments de musique n’ont pas toujours été tels que nous les connaissons. Ils ont connu une histoire faite d’expérimentations, d’accidents et d’améliorations successives. On ne compte plus les tentatives avortées, parfois drôles ou surprenantes avec le recul, qui sont venues garnir les vitrines des musées, de l’octobasse (contrebasse géante) au violon-trompette, en passant par le trombone à sept pavillons.

Un génie de la facture d’instruments comme le Dinantais Adolphe Sax, par exemple, a créé des instruments des plus étranges et expérimentaux, comme le saxhorn. Et pourtant, nous lui devons des merveilles devenues incontournables aujourd’hui, comme l’invention des saxophones, mais également des instruments du brass band (bugle, cornet, euphonium), ou encore des améliorations notables aux clarinettes et clarinettes basses…

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