Antoine Wauters: "Fermer les yeux et écouter Norma"

Antoine Wauters
Antoine Wauters - © Lorraine Wauters

Quatre ans après Nos mères, son premier roman lauréat du Prix Première, Antoine Wauters marque la rentrée littéraire avec deux romans d'un coup: Pense aux pierres sous tes pas et Moi, Marthe et les autres (Verdier). Dans son emploi du temps fort chargé, il a pris un moment pour répondre à nos questions sur son rapport au Farniente. Antoine Wauters nous écrit depuis les Rencontres Livre sur les quais en Suisse. Lecture de sa lettre sur antenne ce dimanche vers 15h.

Qu’est-ce que le mot "Farniente" évoque pour vous?
C’est un mot que je n’utilise pas... Parce que ma vie est un mélange de grande vacance et de travail obsessionnel. Ecrire est à la fois mon repos, mon plaisir et comme un chemin de croix : l’exploration des failles que tous, je pense, on porte en nous. Je ne me repose à vrai dire jamais. Mon esprit travaille constamment. Dès que je m’arrête, mon corps se venge, je tombe malade, comme s’il me faisait payer toutes ces heures de travail acharné.

Vous arrive-t-il de prendre du temps pour vous? De ralentir? De faire une véritable pause?
J’essaye, plus je vieillis, de vivre dans le temps long, le temps lent. Je ralentis. Je travaille en décélérant. Avant, j’écrivais pour publier des livres. Maintenant, j’écris parce que j’aime écrire, parce que rien ne me rend plus vivant. Cela dit, pour vraiment débrayer, je dois m’échapper de moi et du livre que j’écris. Je m’enfonce alors dans de grands espaces, je marche dans les Ardennes, en Ecosse, au Danemark, car rien ne vaut le grand Nord pour regarder l’avenir droit dans les yeux et signer des traités de paix avec soi…

La musique et la lecture sont-elles alors les bienvenues?
Les livres sont toujours là. Si je ne suis pas entouré de livres, je ne tiens pas. Mon plus grand plaisir est de lire le dictionnaire. Je regarde les mots et, mystérieusement, je vois immédiatement ceux qui me parlent, ceux que je pourrais adopter, faire miens, ceux avec qui je pourrais entreprendre un voyage. Un mot trouvé par hasard dans le dictionnaire m’emmène parfois beaucoup plus loin qu’un livre entier. J’aime aussi beaucoup lire des livres de botanique. C’est de la poésie pure. La musique est aussi très présente, mais de façon plus lâche : elle m’abandonne parfois plusieurs semaines, puis elle revient. J’écoute alors des choses en boucle, La Callas, par exemple, que j’adore.

Un conseil d’écoute inspiré de votre idée de "farniente"?
Vous vous asseyez sur une chaise, afin de ne pas vous avachir. Vous éteignez votre téléphone. Vous vous arrangez pour trouver Norma de Bellini. Voilà. Vous écoutez Norma. Vous ne vous interdisez pas de fermer les yeux. Vous ne vous interdisez pas de pleurer. Vous n’êtes plus ni juge, ni témoin, ni homme, ni femme. Vous vous laissez porter, songeant que rien n’est plus doux que de disparaître comme ça, doucement, quelques instants.

Un conseil de lecture inspiré de votre idée de "farniente"?
Vous prenez le dictionnaire. Vous l’ouvrez. Et vous vous faites bourdon. Vous butinez. Vous passez de fleur en fleur. Vous vous gorgez d’êtres et de choses qui vous emmènent très loin, et vous dites que rien n’est plus doux qu’être ainsi mis en congé de soi. Vous tombez amoureux de plusieurs mots. Coup sur coup. Et vous y repensez dans les moments de creux. "Bicyclette", par exemple. Ou "Bal musette". Et vous souriez.

Production et présentation: Fabrice KADA

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