Accusation de racisme : la danseuse Chloé Lopes Gomes prolongée d’un an au Staatsballet de Berlin

La danseuse française Chloé Lopes Gomes avait dénoncé en décembre dernier le calvaire et le harcèlement racial dont elle a été victime pendant deux ans au sein du Staatsballet de Berlin. Après avoir déposé un recours suite à la non-reconduction de son contrat, la danseuse voit son contrat prolongé d’un an et recevra une compensation financière.

"Ta couleur de peau n’est pas esthétiquement acceptable"

En décembre dernier, la sortie médiatique de la danseuse française Chloé Lopes Gomes, première danseuse de couleur à intégrer le corps de ballet de Berlin, avait fait trembler l’institution berlinoise. La danseuse dénonçait ce qu’elle qualifiait d’un "racisme institutionnalisée" au sein du Staatsballet de Berlin, révélant avoir été victime, dès son arrivée en 2018, de propos et d’abus racistes récurrents, notamment de la part de sa maîtresse de ballet. Réflexions déplacées sur "l’esthétisme de sa peau", obligation de "blanchir" sa peau pour le Lac des Cygnes, refus de lui donner un voile pour la scène de La Bayadère sous le seul prétexte que le voile était blanc et que sa peau est noire, autant d’humiliations quotidiennes que la danseuse a révélées lors d’un entretien accordé au Guardian, en mettant en évidence le fait qu’il n’existe aucun moyen, pour les danseurs, de signaler les mauvais traitements dont ils sont victimes ou témoins, renforçant l’anxiété des danseurs, qui vivent dans la peur d’être licenciés.

Un contrat prolongé et des indemnités financières

La danseuse, dont le contrat devait se clôturer en juin prochain, "en raison de la crise sanitaire du coronavirus", avait déposé un recours en justice, mettant en avant les propos racistes dont elle a été victime pendant deux ans. Elle vient d’avoir gain de cause, puisque son contrat "va être renouvelé pour une saison supplémentaire et s’achèvera à la fin de la saison 2021-2022", a indiqué le Staatsballett dans un communiqué au lendemain d’un accord à l’amiable conclu devant un tribunal de Berlin.

La ballerine va également recevoir une compensation financière de 16.000 euros. "C’est une petite victoire mais c’est déjà un grand pas pour le monde du ballet, s’est réjouie Chloé Lopes Gomes. Je pense que cela va provoquer un énorme changement", a-t-elle ajouté, rappelant qu’elle a engagé une lutte contre les discriminations dans le ballet classique où l’immense majorité des danseurs sont blancs.

De son côté, la directrice par intérim du Staatsballett, Christiane Theobald, a indiqué que le litige avec la danseuse était "un appel au réveil" et que la compagnie appliquait "une politique de tolérance zéro à l’égard du racisme et de toute forme de discrimination". Le Staatsballett a "entamé une transformation structurelle", a-t-elle ajouté dans un communiqué, notamment avec la mise sur pied d’une cellule de parole et d’enquête interne.

En février dernier, l’Opéra de Paris s’est engagé à mettre en place des procédures visant à lutter contre la discrimination et à améliorer la représentation de la diversité dans l’institution. Dans cette optique, le directeur général Alexander Neef a présenté un programme ambitieux, comprenant entre autres une refonte des critères de recrutement et la création d’un comité consultatif scientifique et d’un poste d’interlocuteur de référence pour les salariés.

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK