L'aulos

L'instrument emblématique de la Grèce antique

Représentation d'un aulète, un joueur d'aulos © Fine Art / Corbis via Getty Images

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Sur de nombreuses iconographies qui nous sont parvenues du monde de la Grèce antique, fresques, vases et assiettes, nous pouvons observer un drôle d’instrument à vent, aux allures d’une double flûte. Ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas d’une flûte mais d’un aulos, instrument emblématique de la vie musicale de la Grèce antique.

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Aulos, l’instrument antique utilisé par toutes les couches sociales de la population

Un tuyau à anche simple au double, en roseau en bois ou en métal, percé de plusieurs trous – le nombre variant selon les très rares descriptions de l’instrument -, souvent joué par paire, voici comment nous pouvons décrire l’aulos et son équivalent roman, le tibia ; instruments à vent de la Grèce antique dont l’utilisation était indispensable aussi bien dans le domaine sacré que la sphère privée, pour les libations, les cérémonies domestiques ou encore les sacrifices publics.

Si l’instrument est souvent associé à une flûte, il pourrait plutôt être apparenté au hautbois ou à la clarinette. Outre le tuyau cylindrique, taillé dans le roseau, ou dans de l’os, de l’ivoire ou encore du bois, cet instrument présentait à son embouchure une ou plusieurs parties renflées appelées barillets, sur lesquelles était apposée l’anche de l’instrument.

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En raison du souffle puissant qu’il était nécessaire pour faire sonner les tuyaux, les Grecs portaient souvent sur les joues une phorbeïa – ou capistrum en latin -, une sorte de bande de cuir qui les aidait à maintenir ce souffle. On peut d’ailleurs observer cette phorbeïa sur diverses iconographies que le monde grec nous a transmises.

Pas une représentation de théâtre ou une cérémonie privées ne se passait d’auloï, qui étaient utilisés par toutes les couches sociales de la population. L’aulos est également présent dans les mariages privés et les banquets classiques.

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Amphore grecque, représentant, entre autres, un joueur d’aulos © DEA / A. DAGLI ORTI / De Agostini via Getty Images
Joueur d’aulos portant la phorbeïa, cette bande de cuir lui permettant de maintenir son souffle lorsqu’il joue d’une paire d’auloï © Sepia Times / Universal Images Group Editorial via Getty Images

Retrouver le son de ces instruments antiques

Si les instruments de musique antiques peuplent l’iconographie et la mythologie grecque, rares sont les vestiges matériels de ces instruments de musique qui sont parvenus jusqu’à nous. Quelques fragments d’aulos en os et en bronze ont été retrouvés à Delphes. À Athènes, dans une tombe datée du Ve siècle avant Jésus Christ, ce sont les restes très abîmés d’une lyre dont la caisse de résonance était une carapace de tortue qui ont été découverts. Parmi ces vestiges, il y a également une harpe triangulaire dont il reste des éléments en bois et des quelques traces de cuir.

Mais comment, à partir de ces quelques vestiges, est-il possible de connaître les sons de ces instruments anciens ? C’est la mission que s’est confiée l’archéo-musicologue Stefan Hegel, qui travaille à Vienne depuis plusieurs années sur la reconstitution de l’aulos, à la recherche des sonorités antiques.

Stefan Hegel a conçu et développé un logiciel qui l’aide à reconstituer en 3D la forme originelle de l’aulos, lui permettant de déterminer les caractéristiques sonores de l’instrument.

Comme l’explique l’archéo-musicologue dans le documentaire de Bernard George, des vestiges d’auloï que nous avons à notre disposition, il manque l’élément le plus important de l’instrument, à savoir l’anche. Il est indispensable de connaître la longueur réelle de l’anche, car tout le reste de l’instrument en dépend. Sans vestige physique, difficile de se faire une idée précise de ses dimensions.

Grâce au logiciel développé par Stefan Hegel, nous pouvons avoir des représentations schématiques des deux auloï et derrière, un algorithme informatique calcule comment les vibrations à l’intérieur de l’instrument génèrent une hauteur de son particulière selon que les trous de l’aulos sont ouverts ou fermés. "On peut donc en déduire la longueur de l’anche et la couleur sonore de l’instrument", explique Stefan Hegel.

Les recherches de Stefan Hegel permettent une meilleure compréhension technique de l’aulos et de ses sonorités.

Satyros de Samos

Le site de Delphes accueillait l’un des concours les plus prestigieux du monde hellénique. Ces jeux pythiques, appelés également jeux delphiques, célébraient la victoire du Dieu Apollon sur le serpent Python qui vivait sur le site de Delphes et terrorisait les habitants. A l’origine, les participants à ces jeux concourraient dans une discipline associée au dieu Apollon, à savoir la musique. Si au départ, l’épreuve consistait en l’exécution d’hymnes en l’honneur du dieu Apollon, il fut ensuite étoffé en intégrant l’aulétique, avec une épreuve de solo d’aulos ainsi que l’aulodie, une cantate avec accompagnement d’aulos.

A l’instar des jeux d’Olympie, les jeux pythiques intègrent ensuite des épreuves physiques, d’athlétisme notamment.

A Delphes, chanteurs et musiciens se succédaient tous les quatre ans pour participer aux jeux pythiques. Comme nous le voyons dans le documentaire A la recherche de la musique de l’Antiquité de Bernard George, disponible jusqu’au 24 août sur Arte, un aulète a marqué l’histoire de ces jeux panhelléniques, Satyros de Samos. Comme l’explique l’helléniste Sylvain Perrot, l’inscription retrouvée sur le socle qui contenait la statue de Satyros mentionnait que le musicien s’était présenté au concours de Delphes sans concurrent, car ils ont tous déclaré forfait lorsqu’ils ont su que le grand aulète Satyros de Samos se présentait au concours.