La Matinale, invités du 26/03: Franck Ollu et Berlinde de Bruyckere

Berlinde de Bruyckere
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Ce jeudi 26 mars à La Matinale, nous recevons le chef d'orchestre français Franck Ollu et la plasticienne belge Berlinde de Bruyckere à l'occasion de la création mondiale de l'opéra "Penthesilea" de Pascal Dusapin.

Penthesilea est une commande de la Monnaie au français Pascal Dusapin. La création mondiale du septième opéra de ce compositeur accueilli aujourd’hui partout en Europe, sera un événement. Il a choisi de travailler à partir du Penthesilea de Heinrich von Kleist (1777-1811). Cette tragique histoire d’un amour terrible mais empreint d’une étrange tendresse, violent combat entre les pulsions de vie et de mort, intéressait le compositeur depuis très longtemps. Il s’est donc lancé dans l’aventure et en a tiré un livret avec l’aide de Beate Haeckl pour un opéra avec prologue, 11 scènes et épilogues.

Kleist quant à lui s’était inspiré d’une légende antique grecque pour écrire l’une de ses plus célèbres pièces de théâtre. Il écrit sa pièce en 1807 et choque ses contemporains par le romantisme noir, la cruauté des émotions et la violence abrupte de sa langue. Le langage musical de Dusapin, avec son emploi de l’impulsion, de l’énergie et de la discontinuité du discours pour atteindre l’unité, et avec son approche organique de la structure musicale, trouve de parfaites résonnances dans la langue heurtée, poétique et déjà si contemporaine du poète allemand.

Dans la préface à sa traduction, Julien Gracq expliqua l’impression d'étrangeté qu’il ressentait à la lecture de cette œuvre et écrivit que, dans cette histoire, " tout explose en une liberté souveraine ", et que les personnages " trop pleins, trop durs, trop brûlants, trop fascinés " étaient comme " un cataclysme naturel, élémentaire, comme une coulée de lave qui mord son chemin sur le flanc d'un volcan." Et n’est-ce pas ce " trop-plein " décrit par Gracq qui caractérise le gula, le péché de gourmandise ? Gloutonnerie plutôt que gourmandise, car contrairement au sens moderne, le péché ici pointé du doigt n’est péché que dans la démesure et l’aveuglement qu’on y met. Tout est histoire de démesure et de dévoration chez Penthésilée, Dévorée par la passion, rongée par le devoir, affamée par le désir, Penthésilée sera emportée par la violence de ce vide qu’elle ne peut combler qu’en dévorant à son tour.

Penthésilée appartient au peuple des amazones, un peuple de guerrières qui excluent les hommes de leur vie. Elles ne les côtoient que pour en avoir un enfant et ont l’interdiction de choisir leur partenaire. La reine des amazones Penthésilée et le grec Achille qu’elle affronte durant la guerre de Troie, s’éprennent l’un de l’autre. Déchirée entre la loi de son peuple qui lui interdit l’amour et la violence de ses sentiments, elle se résout à le rejoindre quand il lui propose un combat qu’elle pense être une trahison. En état de transe, elle le tue et le déchire de ses dents. Revenue de son délire, elle réalise l’horreur de son acte, à quel point il lui est contre-nature. Remettant en cause les fondements de la société des amazones, elle leur enjoint de chercher le bonheur et se suicide.

Franck Ollu

Franck Ollu est né à La Rochelle et a étudié à Paris. En tant que chef d’orchestre, il s’est forgé une solide réputation dans le domaine de la musique et de l’opéra contemporains. Il collabore étroitement avec l’Ensemble Modern et depuis 2003, il est directeur musical du KammarensembleN. Au cours de sa carrière, il a dirigé l’Ensemble Recherche et l’Ensemble Musikfabrik (Allemagne), l’Ensemble Asko | Schönberg (Hollande), l’Orchestre de chambre Avanti (Finlande), le London Sinfonietta, le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, l’Orquesta Nacional de España, le Sinfonia Nazionale della RAI, l’Ensemble Elision (Australie), le London Philharmonic Orchestra, le BBC Scottish Symphony Orchestra, le Deutsche Kammerphilharmonie, l’Orchestre national de Lyon, l’Orchestra del Teatro Comunale di Bologna...

Il crée les œuvres de nombreux compositeurs parmi lesquelles Landschaft mit entfernten Verwandten (Goebbels), ... Ce qui arrive... (Neuwirth), Into the Little Hill (Benjamin) créé à l’Opéra national de Paris, Die Wunde Heine (Oehring) donné dans les plus grands festivals, mais aussi Passion (Dusapin) dans la mise en scène de Sasha Waltz et Thanks to my Eyes (Bianchi) au Festival d’Aix-en-Provence, deux œuvres qu’il a également dirigé à la Monnaie.

Il se produit régulièrement aux Berliner Festwochen, au Lincoln Center Festival de New York, au Tokyo Summer Festival, au Sydney Festival, au Holland Festival, au Festival d’Automne à Paris et au Wien Modern Festival.

Au cours des dernières saisons, il a notamment dirigé Jagden und Formen (Rihm) aux Salzburger Festspiele, L’Orestie (Xenakis) à l’Opéra national de Pologne, ainsi que plusieurs reprises de Passion, notamment au Théâtre des Champs-Élysées. Parmi ses projets récents et futurs, citons sa collaboration avec le NDR Sinfonieorchester de Hambourg, l’Orchestre philharmonique de Varsovie, et une nouvelle production de Medea (Dusapin) à l’Opéra de Varsovie, Written on Skin (Benjamin) au Nederlandse Opera à Amsterdam et au Théâtre du Capitole à Toulouse, ainsi que La Petite Renarde rusée (Janáček) à l’Opéra de Lille et Le Vin Herbé (Martin) au Deutsche Staatsoper de Berlin.

Berlinde de Bruyckere

Berlinde de Bruyckere est née en 1964 à Gand, où elle vit et travaille. Elle expose depuis le début des années 90, d’abord en Belgique, puis dans le reste de l’Europe. Ses expositions au MuHKA d’Anvers en 2001, à la Biennale de Venise en 2003, ou encore à la Saatchi Gallery de Londres, lui ont assuré une reconnaissance internationale. Elle est aujourd’hui une figure importante de la scène artistique internationale. En plus de ses très nombreuses participations à de grandes expositions collectivres, elle fait l’objet d’expositions solo régulières, notamment en France (Maison rouge et Galleria Continua), en Allemagne (Kunsthalle Düsseldorf et Kunstmuseum Moritzburg), en Suisse (Kunstmuseum Bern) en Autriche (Kunsthaus Graz), en Italie (Galleria Continua), à New-York (Gallery Yvon Lambert), à Montreal (DHC/ART), à Melbourne (ACCA) ou aux Pays-Bas (De Pont Museum of Contemporary Art). Ses dernières années, on a pu admirer son travail à La Maison Rouge à Paris, au S.M.A.K. à Ghent, dans la galerie Hauser & Wirth de Londres, aux Kunstraum de Dornbirn et à la Kunsthaus de Bregenz (Austriche) et très récemment à la Gemeentemuseum de la Hague.

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