« The Time of Our Singing », une fresque familiale sur fond de lutte pour les droits civiques

Le nouvel opéra du compositeur belge Kris Defoort traverse cinquante ans d’histoire des Etats-Unis. L’Orchestre de chambre de la Monnaie, rejoint par un quartette de jazz, suit l’évolution d’une famille mixte qui évolue dans un pays marqué par la ségrégation et par le mouvement pour les droits civiques. " The Time of Our Singing " est présenté jusqu’au 26 septembre à la Monnaie.

Kris Defoort adapte à l’opéra le roman éponyme de l’auteur américain Richard Powers. " The Time of Our Singing " se construit comme une vaste fresque familiale à travers laquelle le lecteur est invité à suivre l’histoire d’une famille mixte dans les Etats-Unis de l’après seconde guerre mondiale.

Le temps où nous chantions

Dès le premier acte, la fiction croise les moments marquants de l’histoire des Etats-Unis. En 1939, le concert historique donné par la chanteuse afro-américaine Marian Anderson au Lincoln Center à Washington, sert de toile de fond à l’oeuvre qui est en cours. Delia est une jeune chanteuse noire américaine qui, perdue au milieu de la foule, fait la rencontre de David, un jeune homme blanc, allemand et juif émigré. Ils décident de fonder une famille.

C’est le parcours des enfants que l’on va suivre. Jonah, Joey et Ruth naissent métisses. Ils vont devoir trouver une place dans une société marquée par la ségrégation et par le mouvement pour les droits civiques.

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© BerndUhlig
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La musique occupe une place déterminante dans l’histoire de cette famille. Jonah, l’aîné, est appelé à faire une carrière de ténor en Europe. Son jeune frère, Joey, l’accompagne au piano tandis que Ruth, la benjamine, deviendra l’une des voix des Black Panthers.

Dans la fosse, l’orchestre de chambre de la Monnaie est rejoint par un quartette de jazz. La partition de Kris Defoort s’hybride. La musique contemporaine s’ouvre au jazz et porte les couleurs du classique. " Pour moi, c’était une évidence de faire se rencontrer ces deux mondes. C’est un opéra sur l’ouverture et sur la curiosité vers l’autre, au-delà des barrières. C’est un opéra sur la joie de faire de la musique ensemble ".

Kris Defoort au micro de François Caudron

200 tables blanches

La mise en scène de Ted Huffman place les personnages dans la pénombre, au centre d’un plateau épuré. 200 petites tables carrées servent de points d’appuis aux chanteurs qui assument simultanément les rôles de narrateur et de protagoniste.

En toile de fond, un écran nous plonge dans les moments marquants de l’histoire : Le concert de Marian Anderson, Le début de la seconde guerre mondiale, l’assassinat de Martin Luther King, les émeutes de Watts en 1965 etc. " La mise en scène est axée sur les personnages et sur les chanteurs. Elle sert la musique et se purifie de jour en jour. "

Kris Defoort au micro de François Caudron

Claron McFadden

Dans le rôle de Delia, la soprano américaine Claron McFadden occupe le plateau avec force et conviction. Au début de l’œuvre, elle entre dans la peau de cette jeune femme rêveuse et pleine d’utopie qui deviendra mère et tentera d’accompagner ses enfants dans leur quête identitaire.

Claron McFadden est née en 1961 à New York. En 1984, elle sort diplômée de l’Eastman School of music de Rochester (New York) avant de s’établir à Amsterdam et de se faire connaître sur les scènes européennes. Son parcours entre en écho avec l'histoire de Jonah qui doit quitter les Etats-Unis pour commencer une carrière sur le vieux continent." J’ai décidé très tôt de quitter les Etats Unis pour avoir la possibilité d’avoir une vie moins déterminée par la couleur de ma peau ".

Habituée des productions de Kris Defoort, elle salue la capacité du compositeur à faire se rencontrer toutes les musiques.

Claron McFadden au micro de François Caudron

" The Time of Our Singing " l’opéra de Kris Defoort est à l’affiche de la Monnaie jusqu’au 26 septembre.

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