Les orages, une exposition à l'Iselp qui interroge les notions du temps, d'attente et d'urgence

Les orages, exposition à l'Iselp, à Bruxelles.
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Les orages, exposition à l'Iselp, à Bruxelles. - © Tous droits réservés

L'Institut Supérieur pour l'Etude du Langage Plastique fête son cinquantième anniversaire. Inspire, l'exposition qui ouvrait la saison, abordait le temps qui passe. Les orages interroge une nouvelle fois la thématique du temps, mais induit les notions d'attente et d'urgence. Le monde au bord de l'explosion suscite des sensations de danger et de peur. La révolution gronde. L'orage est une durée, une enveloppe temporelle, qui englobe de nombreux signes. Si le temps est à l'orage, le ciel s'obscurcit, le vent se renforce et tourne à la bourrasque, la pluie tombe avec force, les décharges électriques de foudre zèbrent l'atmosphère et les coups de tonnerre se rapprochent.

Les artistes pressentent l'arrivée du cumulonimbus annonciateur de l'orage. Ils traduisent dans leurs œuvres la perturbation dans son ensemble, le temps latent et le danger qui couve.

Etats latents est une installation de Gwendoline Robin. Au sol, un cratère de sable doré. Un premier périmètre formé de terre entoure le cercle central et un pourtour constitué de blocs de ciment circonscrit l'espace. Au-dessus de l'ensemble, des tubes de verre peuvent contenir une poudre explosive. L'artiste fera une performance le 6 mai à l'Iselp. Comment transcender notre humilité face à l'ampleur des phénomènes naturels, si ce n'est par l'acuité de notre regard sur les éléments ?

"Les phénomènes géologiques ou météorologiques d'une grande puissance, comme l'éruption volcanique, l'orage, la tempête ou le tsunami sont aussi des métaphores sociales, dit Laurent Courtens, le commissaire de l'exposition. Victor Hugo compare la révolution de 1848 à une tempête".

La force de destruction menée par l’homme rivalise avec celle des éléments. Jonathan Sullam présente une installation frontale, d'une grande intensité, sous le titre The benefit of the eye. Des photos sont enchâssées dans une structure métallique : une image des débris des Twin Towers, prise le lendemain du 11 septembre 2001, et une image d’une déflagration captée lors d’un bombardement de la ville d’Alep. Une perturbation lumineuse suscite la réactivation de l'explosion. La pièce met en lumière la dévastation des agencements géopolitiques. Elle distancie notre regard sur l'événement à chaud.

L'installation vidéo de Michel Lorand ne réactive pas le feu des événements tragiques de l'histoire, mais elle introduit par l'image le temps long de l'oubli ou de la réminiscence. Todesfuge réunit quatre écrans. Chaque écran évoque un épisode dramatique : le débarquement de Normandie à Colleville-sur-Mer, le 6 juin 1944 ; la répression de la manifestation du FLN à Paris, le 17 octobre 1961 ; l'attentat à la bombe à la Gare ferroviaire de Bologne, le 2 août 1980 ; le massacre de musulmans à Pilica en Serbie, le 16 juillet 1995. Un film couleur tourné aujourd'hui en plan fixe à l'endroit du drame précède une image d'archive du lieu en noir et blanc. Des fantômes habitent les lieux et hantent le temps du souvenir.

De loin parallèle, une vidéo de Bernard Gigounon agit de manière hypnotique par la répétition d'un geste. Trois personnages adultes, deux hommes et une femme, jettent des pierres ou des boulettes de terre dans l’eau, face à un écran végétal, tel un mur qui se dresse devant eux. L’eau au contact des projectiles brasillent et étincellent. Un miroitement induit un merveilleux, mais un son de légère détonation revient à la mémoire. Une tension subsiste, car les protagonistes ne cessent de bombarder l'eau sans but apparent et sans plaisir enfantin. Le jet de pierres est une fronde, sans cesse recommencée, une révolte contre l'autorité. De plus, les trois personnages agissent au fil de l’eau, métaphore du temps.

Une autre vidéo de Bernard Gigounon convoque la figure du double. Dans Der Döppelganger, le vidéaste a compilé des scènes tirées du corpus cinématographique hollywoodien. Bruce Willis, Leonardo DiCaprio, John Travolta, Clint Eastwood, entre autres, apparaissent à l'écran . Sur un côté de l’écran, un acteur tire un coup de feu et sur l’autre côté, le même acteur, dans un autre film, est atteint par une balle, s’écroule et meurt. L'instant décisif du coup de feu condense tous les éléments du récit comme l'instant T d'une révolution qui marque la grande Histoire.

Les orages est une exposition sensible et intelligente, car indépendamment du discours réflexif qui la justifie, elle véhicule des émotions.  A l'Iselp, jusqu'au 19 juin.

Laurent Courtens, commissaire de l'exposition, au micro de Pascal Goffaux.

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