La Monnaie en 2018/2019, un colloque platonicien

La Monnaie en 2018/2019, un colloque platonicien
La Monnaie en 2018/2019, un colloque platonicien - © Tous droits réservés

Une nouvelle saison d’opéra, c’est un tourbillon de noms, d’affiches et d’intentions. En réduire la substance serait forcément réducteur et rien n’est plus dangereux pour une idée, pour un concept, qu’un raccourci. Disons alors simplement que la nouvelle saison de La Monnaie s’inscrit dans une logique Hessienne de recherche du soi en soi. L’homme, disposant de ses quelques pauvres années terrestres a donc autant d’heures, de mois et d’années pour apprendre à s’accommoder de lui-même et, partant, d’être le meilleur homme possible.

Par la fréquentation régulière d’œuvres phares du répertoire, une maison d’opéra confronte celles-ci à l’empire du temps, mais aussi – et surtout – aux yeux qui voient ce temps passer. Chaque génération porte en elle ses paradoxes, ses contradictions, ses fulgurances, son goût de la nouveauté. Et ainsi, ces œuvres centenaires évoluent-elles – grandissent-elles – sans être jamais transformées dans leur substance, par la simple caresse de cerveaux vierges qui les assimilent, génération après génération.

Pendant plusieurs décennies, La Monnaie a été un laboratoire. Il faut désormais accepter qu’elle ne l’est plus. Elle est devenue autre chose. Une sorte de maison d’artistes. Gérard Mortier et Bernard Foccroulle – ses précédents directeurs – avaient fait le pari de confronter cet art prétendument moribond aux hérauts d’autres disciplines artistiques. Papes du théâtre contemporain, chorégraphes, plasticiens et performeurs des quatre coins du monde se précipitaient à son chevet. Ce fut un renouveau tellement retentissant qu’il est aujourd’hui parfaitement normatif. Banal. Ça, Peter de Caluwe l’a bien compris et semble tourner une page. Sans la tourner réellement en réalité.

Arrivé en 2009 avec la plus éclatante équipe qui soit, le directeur de La Monnaie a connu des débuts fulgurants. Un sans-faute couronné par un titre de maison d’opéra de l’année. Puis vinrent les tempêtes – nombreuses, violentes, douloureuses – qui s’abattirent sur la maison et sur ses habitants. De retour dans ses murs après d’interminables travaux, La Monnaie semble reprendre son souffle et retrouver ses marques. Car en étant absent de ce bâtiment ancestral, les équipes de notre opéra national ont mesuré à quel point le concept de maison, de domicile artistique comptait dans un processus de création aussi délicat que l’opéra. Voilà donc ce qu’est La Monnaie en cette saison 2018/2019 : une maison d’artistes. Un Villa Medicis bruxelloise offerte aux créateurs qui en font bouger les mûrs depuis 2009. Une grande résidence où des figures connues, aimées et – parfois - contestées, se donnent rendez-vous saison après saison, comme en un colloque chronique et continu.

Romeo Castellucci, Olivier Py, Laurent Pelly, Krzysztof Warlikowski, Antonello Manacorda, Barbara Hannigan, Dmitri Tcherniakov Alain Altinoglu, naturellement – habitent désormais La Monnaie. Cette maison est la leur et ils s’y retrouvent. Car la nouveauté n’est plus l’obsession de Peter de Caluwe ; plutôt que de traquer l’inédit comme le fit jadis Mortier avec un œil que personne jamais n’égalera, il s’inscrit au contraire dans une logique platonicienne ; celle d’un banquet céleste et artistique, où des familiers – parmi les plus beaux esprits du temps – refont le monde et, avec lui, l’opéra. C’est ce crédo serein qui est ici la véritable nouveauté.

Tous les détails de la nouvelle saison.

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