Éloge de l’immobilité à travers la peinture d'Alexandre Hollan

Nos sociétés encouragent la mobilité, parfois en pure perte. Il faut bouger. Le mouvement, c’est la vie. L’homo economicus est sommé d’évoluer dans sa carrière. Bartleby le scribe est un paria de la société. Il résiste passivement quitte à disparaître d’un monde où la frénésie l’emporte sur la sérénité. Lisez la nouvelle de Melville. Méditez sur l’antithèse du mouvement. Rares sont les modèles qui remettent en question l’obligation de mobilité.

Or, aujourd’hui, nous voici obligés de restreindre nos déplacements. La prescription peut être vécue comme une entrave à la liberté. Le sociologue Christophe Mincke livre sa réflexion sur la mobilité dans un essai co-écrit avec Bertrand Motulet, La société sans répit, la mobilité comme injonction, aux éditions de la Sorbonne. Il invite à penser à une mobilité qui ne serait pas physique.

Bien sûr, la mobilité permet la sociabilité, mais l’immobilité n’est pas à proscrire pour autant. Quelques rares artistes expérimentent la lenteur dans une démarche qui s’avère essentielle. Le peintre d’origine hongroise Alexandre Hollan, aux cimaises de la galerie La Forest Divonne à Bruxelles (fermée pour cause de coronavirus), vient de publier ses notes et réflexions sur la peinture et le dessin sous le titre Je suis ce que je vois aux éditions Erès.

Alexandre Hollan peint des arbres depuis plus de soixante ans. Il dessine toujours les mêmes arbres qui poussent autour de sa petite maison de vigne dans l’Hérault. Il se place immobile devant ses arbres. Il capte leur respiration, très lentement. Il trace un trait qui en appelle un autre. Cette immobilité est bien éloignée de nos agitations stériles autour de tout. Le peintre a aujourd'hui 86 ans. Il se souvient. Petit, il était sur une balançoire accrochée à une branche d'arbre. Le mouvement de la balançoire l'empêchait de se situer, d'être précisément installé à une place fixe dans l'espace, et de faire "la mise au point" sur la nature qui le fascinait déjà à l’époque. Il en a généré une angoisse du mouvement qu'il a tenté de calmer dans sa vie. Il a choisi l'immobilité pour se situer, ici et maintenant, dans un face à face complice avec l'arbre.

Alexandre Hollan est au micro de Pascal Goffaux.