Décès du réalisateur Claude François à l'âge de 80 ans

Décès du réalisateur Claude François à l'âge de 80 ans
2 images
Décès du réalisateur Claude François à l'âge de 80 ans - © Tous droits réservés

Le réalisateur Claude François s’est éteint le mercredi 2 décembre à 21h30. Il signait des documentaires sur l’art .

Rappelons quelques titres. En 1994, Charles et Félicien sous-entendaient Baudelaire et Rops. Le Désordre alphabétique en 2012 rappelait son intérêt pour le surréalisme. Le pavillon des douze en 2017 approchait douze peintures sorties de différents musées de la Fédération Wallonie-Bruxelles ; les poètes et les écrivains comme Pierre Puttemans et Guy Goffette mêlaient aux images leurs mots. L’ami des peintres et des poètes, des gens de théâtre et de cinéma avait aussi réalisé le portrait d’un connaisseur hors catégorie de l’histoire du cinéma, Denis Marion. Enfin, il préparait un film sur la statuaire à Bruxelles.

Claude François avait une culture encyclopédique et un humour délicieux, un peu décalé. Son regard vif posé sur vous semblait percer le secret de votre vie. En ricochet, vous gardiez le souvenir d’un homme affable et secret qui avait la politesse de ne pas imposer une présence qui aurait pu être écrasante, tant sa culture était vaste et son silence intelligent.

Claude François s’en est allé. Je l’ai croisé une seule fois en compagnie de Philippe Dewolf. Je regrette que c’était la dernière fois.

Philippe Dewolf a rédigé une courte biographie de son ami Claude François.

Claude François : "Je suis un bourgeois qui fait du cinéma"

Comment situer Claude François, lui si discret, réticent aux panégyriques ? Il est né au Congo belge, en 1940, la même année que son ami Tom Gutt. Il a aussi passé quelques temps de sa prime jeunesse au Rwanda et au Burundi. Son père, passionné d'entomologie, a donné le nom de son jeune fils à un insecte jusqu'alors inconnu. Lorsque Claude François revint en Belgique, il fit des études de cinéma à l'École Nationale supérieure des Arts décoratifs, mieux connue sous le nom de "La Cambre". Son premier film, un court-métrage, est inspiré par quelques mots de L'Invitation au voyage de Charles Baudelaire, Songe à la douceur. Baudelaire se retrouvera aux côtés de Félicien Rops dans son film Charles et Félicien. Si sa formation de cinéaste l'amène à réaliser des documentaires "alimentaires", des films d'entreprise, il s'oriente aussi bien vers des domaines moins rentables, avec le concours de Marcel Mariën qui avait réalisé un film très subversif, L'Imitation du cinéma, dont le jeune Tom Gutt est un des protagonistes. Autour de Gutt va se cristalliser une troisième génération de surréalistes souvent présentée comme "le gang de Boitsfort" - où figurait Marc Moulin !  Ils avaient la caution de Louis Scutenaire qui fit partie du premier groupe surréaliste en Belgique avec Magritte dont la réussite sociale, mondaine et financière furent prises en grippe par Gutt et ses camarades qui faisait cette nécessaire distinction : "Des camarades, j'en ai beaucoup, et ceux d'entre eux que j'aime sont mes amis." C'est un trait de l'esprit qui animait le "gang" dont Claude François était conscient, quand bien même il ne souscrivait pas systématiquement aux diatribes et aux ukases qui pouvaient le faire sourire. Il n'empêche qu'il avait choisi son camp, avec une ironie savamment profilée, une réticence non dépourvue de délicatesse, ainsi qu'il le traduisait avec retenue dans ce plus secret conseil : "Fais attention à ce que tu dis".

Claude François avait un faible pour les peintres pompiers, la grandiloquence d'un romantisme échevelé, la peinture historique dont un des parangons est le tableau Les Énervés de Jumièges d'Évariste-Vital Luminais. De ce genre de scène et ces scènes de genre, il fit son miel dans Le Défilé des toiles et, dans le même ordre d'idées et d'images, dans Le Pavillon des Passions humaines dû à Victor Horta. Sa connaisance des surréalistes de la première (Scutenaire), la deuxième (Mariën, Wergifosse) et troisième (Gutt) générations l'a conduit à leur consacrer plusieurs films : Le Désordre alphabétique pour l'ensemble du mouvement, La Chaîne sans fin pour un angle serré sur Jacques Wergifosse – remarquable poète proche de Magritte, Le Jeu des figures pour un portrait de Denis Marion – connaisseur hors format de l'histoire du cinéma et partenaire de Paul Nougé aux échecs. Claude François venait de réaliser un film à l'image d'une sorte de "musée" personnel dans Le Pavillon des Douze, allusion au " Groupe des Vingt " de l'époque symboliste, film qui se prolongera par un second auquel il allait mettre la dernière main, centré sur la statuaire en plein air à Bruxelles, Les Silencieuses.

Maintenant, la parole est à Claude François, non tant pour lui laisser le dernier mot que pour entendre les premiers, pour entre dans les coulisses d'un film qui resterait à faire.

Philippe Dewolf

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK