LES MAMELLES DE TIRÉSIAS : QUEL SPORT !

Tiresias
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Pourquoi les mamelles et pourquoi Tirésias ? Parce qu’une accorte jeune femme plutôt rebelle n’en peut plus des machos qui l’entourent. Elle décide donc d’en finir avec sa poitrine en la faisant exploser. Comme elle s’appelle Thérèse et que, rattrapée par les conséquences de son geste, du poil se met à lui pousser au menton et sous le nez, elle décide d’opter pour un nom bien viril : Tirésias. C’est le point de départ du « drame surréaliste » que Guillaume Apollinaire a terminé d’écrire en 1916 et que, trente ans plus tard, Francis Poulenc a mis en musique sous la forme d’un opéra-bouffe. Dans sa note d’intention, Apollinaire cite la roue comme étant l’exemple-type de l’invention surréaliste.

L’extrême liberté de ton d’Apollinaire, une action qui part dans tous les sens à tout moment, un argument de départ centré sur la volonté de changement (ici de sexe), ces quelques traits de folie présentent de réelles connexions avec l’effervescence du mouvement surréaliste. Les solutions trouvées par le metteur en scène britannique Ted Huffman pour renouveler chaque instant de la farce sont aussi foisonnantes que s’il s’agissait d’un spectacle de cirque. Intelligence, humour, habileté, chaque geste a été étudié de sorte à ne jamais laisser les chanteurs inoccupés, ou traverser un creux. Et comme ils se donnent à fond…

Certes, Les Mamelles de Tirésias ont pour cadre un salon parisien à la Belle Epoque, mais il n’est pas loin de se métamorphoser en maternité. Les mouvements se suivent en cascade, dans une fuite éperdue face au temps qui avance et où tous les moments de vie doivent être mis à profit et à contribution. De surcroît, quand il s’agit de danser, les protagonistes font merveille. Apollinaire fait aussi quasiment l’apologie de la famille nombreuse sans procréation assistée. Cependant, dans l’opéra qu’en a tiré Poulenc, les paroles qu’il a dites concernant son ballet Les Biches nous sont revenues en mémoire : "Ici on n’aime pas, on couche". Dans Les Mamelles, nous n’en sommes pas très loin quand Thérèse lance à son mari : "Qu’importe, viens cueillir la fraise avec la fleur du bananier".

Le soir de la première, c’est la soprano irlandaise Aoife Miskelly qui menait la danse avec une résolution très conquérante dans la peau de Tirésias. Le baryton américain Timothy Mc Devitt était son malmené mari. Le baryton français Mathieu Gardon à qui incombe le prologue est apparu sous les traits d’un élégant Monsieur Loyal sachant comment embarquer son public. C’est la version transcrite pour deux pianos par Benjamin Britten qui est donnée à La Monnaie ; Roger Vignoles et Philippe Riga s’y montrent volubiles, éloquents, alertes et constamment pris par l’action. De même que le public qui a fait une ovation à ce spectacle qui prélude un peu au carnaval.

Philippe Dewolf

Francis Poulenc – Benjamin Britten, Les Mamelles de Tirésias. La Monnaie, du 16 au 19 janvier 2014. Avec Julie Mossay et Jean-Jacques L’Anthoën, les 17 et 18 à 20h00. Coproduction avec le Festival d’Aix-en-Provence.

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