Le très célèbre Boléro de Ravel tombe dans le domaine public

Le très célèbre Boléro de Ravel tombe dans le domaine public
Le très célèbre Boléro de Ravel tombe dans le domaine public - © Lipnitzki - Roger Viollet/Getty Images

Le Boléro de Maurice Ravel, une des œuvres musicales les plus jouées au monde, est tombé dimanche dans le domaine public, 88 ans après sa première interprétation à l'Opéra de Paris.

Un succès planétaire

L’œuvre symphonique a été composée en 1928 et créée le 22 novembre de la même année à l'Opéra Garnier de Paris. A l'origine, il s'agit d'une musique de ballet commandée par la danseuse russe Ida Rubinstein, amie et mécène de Ravel.

Très vite salué par la critique, le Boléro connaît rapidement un succès planétaire. Pourtant, la mélodie uniforme et son rythme répétitif en crescendo ont dérouté plus d'un mélomane. Ses détracteurs le disent lancinant, voire agaçant. L'histoire raconte que lors d'une des premières représentations, une vieille dame cria "au fou". Ravel hochant la tête, dit à son frère: "En voilà une qui, au moins, a compris".

Malgré tout, en près de 90 ans d'existence, l’œuvre a été jouée par les plus prestigieux orchestres du monde, sous la baguette des plus grands chefs (Arturo Toscanini, Seiji Ozawa, Claudio Abbado, Pierre Boulez...). Elle a aussi inspiré une multitude de chorégraphies, la plus connue étant sans doute celle créée par Maurice Béjart, en 1961, pour le Ballet du XXe siècle.

"C'est une écriture simple et directe sans la moindre tentative de virtuosité", disait de son œuvre le compositeur français, mort en 1937.

Laurent Petitgirard, chef d'orchestre, explique : "C'est une pièce expérimentale, une mécanique de précision et une démonstration de génie".

Des complications juridiques

En France, les droits d'une œuvre tombent 70 ans après la mort de l'auteur. Mais la loi prévoit des prorogations visant à compenser le manque à gagner des artistes français durant les deux guerres mondiales. Ainsi, le Boléro de Ravel était protégé pour une durée de 70 ans à compter de 1938 (année qui suit la mort de Ravel), à laquelle ont été ajoutées huit années, ce qui portait la protection jusqu'au 1er mai 2016.

Battant tous les records, le Boléro est resté jusqu'en 1994 à la première place du classement mondial des droits d'auteurs. En 2015, l’œuvre était encore en 103ème position. De quoi faire quelques envieux, d'autant que Maurice Ravel, qui était célibataire, est mort à 62 ans sans descendance...

Après le décès en 1960 de son frère Édouard, son seul héritier, s'ouvrit une période de procès à répétition visant à faire main basse sur la petite fortune que représentaient les droits d'auteurs générés par les œuvres de Ravel. Un gigantesque imbroglio juridique où se mêleront, au fil des années, la masseuse d'Édouard Ravel, Jeanne Taverne, son mari chauffeur et factotum, Alexandre, des petits-neveux du compositeur ou encore un directeur juridique de la Sacem.

Il faut dire que l'enjeu est important : la totalité des royalties versées depuis 1960 est estimée entre 400 et 500 millions d'euros, dont une cinquantaine de millions pour le seul Boléro, selon diverses estimations. Des droits qui ne sont plus versés depuis dimanche, date à laquelle le Boléro appartient dorénavant à tous.

 

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