Joyeux anniversaire Tintin !

Joyeux anniversaire Tintin et Milou !
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Joyeux anniversaire Tintin et Milou ! - © Hergé - Moulinsart

Le plus célèbre des jeunes reporters belges et son fidèle compagnon sont à l'honneur ce jeudi 10 janvier 2019.

Tintin et Milou, les célèbres personnages de bande-dessinée créés par le dessinateur Hergé - Georges Rémi de son vrai nom - fêtent cette année leur nonantième anniversaire. Depuis leur première apparition dans le supplément jeunesse du journal belge Le petit vingtième, avec Les aventures de Tintin au pays des soviets en 1929, les deux personnages ont conquis le cœur de millions de lecteurs dans le monde entier et sont devenus l'un des emblèmes de la Belgique. 

Tintin est un jeune reporter belge, qui a souvent fait le tour du monde pour ses articles, accompagné de son fidèle compagnon Milou. Il est allé en URSS, au Congo, a visité l'Inde, l'Egypte, s'est rendu en Chine, au Tibet et au Pérou et est même parti à la conquête de la Lune (une quinzaine d'années avant Neil Armstrong).

A l'occasion de ses 90 ans, nous vous proposons de revenir sur la place de la musique, classique et populaire, dans les aventures du jeune reporter.

Hergé, Tintin et la musique 

J'aime beaucoup la musique, mais je ne suis pas très connaisseur. Je n'ai reçu aucune éducation musicale et je le regrette.

Entretiens avec Hergé, p.33
Numa Sadoul, Ed. Casterman. 

La musique, qu'elle soit classique ou populaire, occupe une place très importante dans les aventures de Tintin : au fil des albums, nous découvrons des airs d'opéras, des chansons françaises ou encore des chants traditionnels des pays dans lesquels se trouve Tintin. 

Ce qui a poussé Hergé à parsemer son oeuvre de références musicales classiques, c'est tout d'abord l'influence de ses parents qui étaient de fervents amateurs d'art lyrique - au grand dam d'Hergé qui n'appréciait que modérément le bel canto -, mais c'est aussi et surtout grâce à son collaborateur Edgar Pierre Jacobs, qui était un ancien baryton (et qui deviendra ensuite l’auteur de Blake et Mortimer).

Lorsque l'on évoque Tintin et la musique, invariablement, le première idée qui nous vient à l'esprit est celle du fameux Air des Bijoux, tiré du Faust de Gounod, air que Bianca Castafiore chante inlassablement à chacune de ses apparitions dans les aventures de Tintin. 

Même si nous avons tendance à réduire la musique dans Tintin à cet air, lorsque l'on regarde les différents albums d'Hergé, on se rend compte que la musique y est présente pratiquement à chaque fois, dans différents genres : cela va de l'air d'opéra (Faust de Gounod, Carmen de Bizet ou encore Madama Butterfly de Puccini), à la chanson populaire chantée par l'un des personnages (Boum de Charles Trénet, subtilement détourné par Hergé en publicité), en passant par la musique ou les chants traditionnels du pays dans lequel Tintin se trouve (Congo, Tibet, etc.), la chanson patriotique (Sambre et Meuse) ou encore la chanson pour enfant (Sur le pont d'Avignon). La musique se caractérise aussi par la fréquente occurrence d'instruments de musique dans les albums de Tintin. 

L'opéra chez Tintin 

Retrouvez ci-dessous un petit récapitulatif des airs d'opéras que l'on retrouve dans les aventures de Tintin. 

  • L’oreille cassée, 1931 p.1 : "L’air du Toréador" de l’opéra Carmen de Bizet
  • Les cigares du Pharaon, 1934 p.36 : "Sur la mer calmée", traduction française d’un air de l’opéra Madama Butterfly de Puccini
  • Les cigares du Pharaon, 1934 p.41 : "De l’art la splendeur immortelle" tiré de l’opéra Benvenuto Cellini d’Eugène Diaz
  • Le crabe aux pinces d’or, 1941 p.55 : "L’air de Jenny" tiré de l’opéra comique La Dame Blanche de d’Adrien Boiledieu (dont une partie de l’intrigue du Trésor de Rackham le Rouge, 1944, est d'ailleurs tirée)

Cet opéra occupe une place particulière dans l'oeuvre d'Hergé, car, outre la présence de L'air de Jenny dans le Cabre aux pinces d'or, l'opéra de François-Adrien Boieldieu a également influencé la trame narrative du Trésor de Rackham le Rouge : dans l'opérala Dame Blanche est un masque d'une orpheline qui protège un château dont l'héritier a mystérieusement disparu. À la fin, le château est racheté lors d'une vente aux enchères par un officier qui découvre un trésor caché dans une statue. Coup de théâtre final, le jeune officier se révèle en être l'héritier. On reconnaît bien là l'intrigue de l'album de Tintin.

Ce n'est pas le seul opéra qui a inspiré un scénario d'une des aventures de Tintin. La Pie voleuse de Rossini a inspiré l'intrigue des Bijoux de la Castafiore, Hergé transformant la cuillère de La Pie Voleuse en émeraude dans Les Bijoux de la Castafiore. 

La Castafiore : Le Rossignol milanais 

Une première apparition

Le personnage de Bianca Castafiore apparaît pour la première fois dans le huitième album des aventures de Tintin, Le sceptre d'Ottokar, paru en août 1939. Dans cet album, Tintin se rend en Syldavie en qualité de secrétaire du professeur Halambique, spécialiste en sigillographie. Tentant d'échapper à des ennemis syldaves, Tintin est pris en stop par une célèbre cantatrice qui se rend à l'opéra de Klow pour y donner un récital. C'est la première des nombreuses apparitions du personnage de La Castafiore. Une première entrée fracassante, durant laquelle elle entonne son morceau de bravoure, L'air des bijoux, qui poussera Tintin à descendre de la voiture et à continuer le chemin vers Klow à pied. 

Un personnage récurrent

D'abord personnage secondaire, le rossignol milanais va très vite devenir l'un des personnages phares des aventures de Tintin, au même titre que le Capitaine Haddock, les Dupondt ou le Professeur Tournesol. On la voit apparaître dans pas moins de neuf albums de la série : Le sceptre d'Ottokar, les Sept Boules de cristal, L'affaire Tournesol, Coke en stock, Les Bijoux de la Castafiore, Tintin et les Picaros, Tintin et l'Alph-Art, Tintin au pays de l'or noir et Tintin au Tibet (pour ces deux derniers albums, la Castafiore n'est pas présente physiquement mais on l'entend chanter à la radio). 

La Castafiore : une abominable interprète ? 

La Castafiore est vite devenu, dans l'imaginaire collectif, le symbole de la cantatrice ratée à la voix stridente et au talent médiocre. Un critique musical a même prétendu à l'époque qu'Hergé s'était librement inspiré de Florence Foster Jenkins, cette chanteuse américaine incapable de chanter juste. Pourtant, comme l'évoque Jacques Langlois dans un article du Figaro (20/09/2015), rien dans les dessins d'Hergé ne laisse penser que la cantatrice chante faux. 

Nous le savons, Hergé n'était pas un adepte du bel canto, tout comme son personnage le Capitaine Haddock. Mais même si la voix puissante du rossignol milanais fait fuir à tour de rôle Tintin, Milou et le Capitaine, "ses notes sont parfaitement justes, comme le prouvent leurs représentations dans les bulles dessinées par Hergé, et ravissent les amateurs du genre" comme le souligne Jacques Langlois. 

D'ailleurs, nous pouvons rapprocher le personnage de La Castafiore de la grande Diva du XXe siècle, Maria Callas. Langlois en veut pour preuve la présence de la Castafiore à bord du yacht Shéhérazade aux côtés de Rastapopoulos, qui fait évidemment écho aux séjours de Maria Callas sur le Christina d'Onassis. 

A l'occasion de l'anniversaire de Tintin, Pascal Goffaux a rencontré Philippe Goddin, ancien secrétaire de la Fondation Hergé et auteur de nombreux livres sur l'oeuvre du père de Tintin. Il nous parle des origines des Aventures du jeune reporter. 

Et quelle meilleure manière de célébrer les 90 ans de Tintin que de le faire en musique ? 

Avec la musique originale de Olivier Daviaud, interprétée par l'Orchestre National de France, et les images animées de Tintin. 

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