Coronavirus : Quelques nouvelles du monde culturel en Belgique…

Pierre Solot nous livre quelques nouvelles positives du monde culturel belge, avec en point d’orgue, un certain Concours Reine Elisabeth.

Suite à ma chronique de la semaine dernière, j’ai reçu plusieurs messages qui me taxaient de cynisme, quelques ondes trop négatives pour le monde culturel, dans ce que j’ai pu exprimer sur le rapport des décideurs aux artistes, des artistes aux décideurs.

Bon, je n’ai pas vraiment changé d’avis… mais quand même l’humeur est bien meilleure cette semaine, et notamment à l’écoute de ce qui s’est joué ces derniers jours.

Bon alors bien sûr, je ne vous parle pas du comité de concertation de mercredi dernier qui commence à pousser le milieu culturel dans ses derniers retranchements, en termes économiques et créatifs d’abord, ça, ce n’est pas neuf, mais certainement aussi en termes de patience.

Pas un mot sur la culture. Non. Juste préciser que des événements pourraient bientôt avoir lieu à l’extérieur pour 50 personnes maximum. C’est-à-dire personne dans les salles au mois de mai, comme il en avait été question, et puis surtout bien peu d’événements car on ne transpose pas si aisément une expression artistique en extérieur… surtout quand il pleut. Et pour 50 personnes qui plus est, pour être certain qu’elle ne soit pas rentable.

C’est comme ces restaurateurs et ces cafetiers qui vont pouvoir ouvrir leur terrasse. Bon, en oubliant que la majorité n’a pas de terrasse. C’est comme dire aux gens de profiter de ces heures sombres pour jardiner. En oubliant que la majorité des gens n’ont pas de jardin.

Mais bon. Je voulais surtout vous parler de mon humeur positive. Mais oui. Car outre ces exécrables ignorances, on a vu pointer çà et là ces derniers jours d’heureuses initiatives :

Vous les avez peut-être aperçues, les sœurs Hallynck, Sophie, harpiste, et Marie, violoncelliste, ont joué au supermarché. Mais oui, des virtuoses dans un supermarché de Schaerbeek. Entre les concombres et le haché porc-veau. C’est permis d’aller au supermarché, c’est permis de jouer au supermarché. C’est absurde me direz-vous ? Ben non. Des musiciens, ça fait de la musique. Au concert, ça tue ; au supermarché, ça ne tue personne. Donc on joue, on joue même fort fort bien au supermarché.

Et puis l’autre jour, je suis passé par la Monnaie, l’opéra, la Monnaie qui est occupée par un collectif d’artistes, et qui ouvre une tribune chaque après-midi, une tribune qui, bien au-delà du monde culturel, propose une réflexion solidaire sur la crise que vit notre société : on y parle d’art, bien sûr, mais aussi des grands défis de demain, d’immigration, d’égalité, de politique… Cette occupation devait se terminer hier soir, et après d’âpres négociations avec la Monnaie, ils vont pouvoir conserver leur tribune jusqu’au prochain comité de concertation, et mieux, ils ont obtenu une rencontre avec les ministres fédéraux qui jusque-là n’avaient pas tendu l’oreille à ce qui s’y jouait !

Et ce n’est pas tout : l’autre jour encore, le Théâtre le Public annonçait une collaboration avec une célèbre librairie bruxelloise. On proposera des livres au théâtre et des comédiens viendront faire théâtre en librairie. Parce que faire théâtre au théâtre, c’est interdit, mais rassembler des gens dans une librairie, c’est autorisé.

J’ai aussi lu une lettre, une lettre publique du directeur du Théâtre des Tanneurs, qui invite nos décideurs politiques à assister à un spectacle, un spectacle écrit et interprété par 9 jeunes non professionnels, en situation de rupture familiale, un spectacle qui ne peut plus être reporté et qui pourrait montrer à nos décideurs politiques ce que signifie le théâtre aujourd’hui, le tout dans une salle parfaitement équipée en termes sanitaires bien sûr.

Mais bon, je vous le disais, il aura fallu d’âpres négociations à la Monnaie pour obtenir une oreille politique, il n’est donc pas certain que nos ministres répondent à une invitation pourtant fort courtoise et sensée !

Je vous parlais aussi la semaine dernière du "pied dans la porte" bien appuyé de Michael de Cock, directeur du Théâtre National flamand, qui a annoncé un spectacle en public d’ici quelques jours. Eh bien la Ville de Bruxelles lui a accordé son soutien, on voit cette idée comme un bon test. Mais oui, on propose encore de faire des tests, des concerts-tests, des spectacles-tests, alors qu’on en a fait plein en suivant des protocoles sanitaires infiniment rigoureux, c’était à l’automne dernier, mais bon, on a dû oublier à quel point ces tests furent concluants. Ces tests prévus pour je ne sais quand… On voudrait gagner du temps qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

J’énumère, j’énumère et j’en oublie certainement, mais il me semble là que la culture pénètre les interstices du coffre-fort qui nous écrase depuis plus d’un an. Par la porte, par la fenêtre, par la serrure, au supermarché, tout est bon pour grappiller du terrain culturel. Et j’avoue que ça me réjouit.

Et puis à côté de ça, arrive aussi tout doucement, d’ici deux semaines : le Concours Reine Elisabeth. Alors là, quand même, chapeau bas ! Organiser un événement international en ces temps de pandémie, il faut avoir les nerfs solides. Mais voilà, ça s’organise : des quarantaines pour les candidats, des protocoles sanitaires efficaces, des masques, du gel, une couverture radio et télé sur la RTBF, et le 70e anniversaire du Concours aura bien lieu, consacré cette année au piano. Quant au public, on ne sait pas encore. On patiente. Ce qui sera possible sera réalisé. N’oublions pas que le Concours est chaque année un lieu de rassemblement, bien au-delà des mélomanes classiques habituels, un rassemblement autour de la musique classique. Un rassemblement qui aura traversé le XXe siècle, secoué par son histoire, mais émergeant toujours des marées nationales. Le Concours est une institution vénérable certes, mais une institution qui n’a pas peur de se renouveler, d’avancer, de trouver des solutions pour faire sonner la musique alors qu’elle est écrabouillée un peu partout. Rendez-vous au mois de mai pour vivre cela sur Musiq3 bien sûr, on a hâte, on est pressé, on ne peut plus attendre !

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