Week-end Première

Une justice financière, est-ce possible ?

Pourquoi tant d’inégalités ? L’actualité récente a ramené cette question sur le devant de la scène, grâce à Pierre Larrouturou, eurodéputé français. Explications avec le philosophe Matthieu Peltier.

Pierre Larrouturou s’est engagé dans une grève de la faim de 18 jours pour revendiquer l’instauration, dans le budget européen qui doit être bientôt signé, d’une taxe très légère sur la spéculation financière.

Son argument est simple : pourquoi n’importe quel citoyen, même le plus pauvre des SDF, doit-il payer une taxe à chacune de ses transactions - la TVA-, alors qu’un spéculateur en bourse n’en paie jamais ? Pourquoi les marchés financiers florissants ne devraient-ils pas aussi contribuer ?
Il est difficile de ne pas admettre qu’il s’agit là d’une inégalité évidente.
 

Les inégalités sont-elles naturelles ?

Cette question philosophique particulièrement intéressante a déjà été posée par le philosophe Rousseau. Il distingue deux types d’inégalités :

  • l’inégalité naturelle qui découle de la différence d’âge, de santé, ou d’autres caractéristiques physiques. Tout le monde ne peut pas devenir champion du monde de 100 mètres. Pour Rousseau, on ne peut rien contre l’inégalité naturelle.
     
  • et les inégalités morales, qui sont le résultat de conventions, qu’on peut tout à fait remettre en question. Ce sont par exemple tous les systèmes héréditaires qui ont fait que pendant des siècles les postes de souverains ou de chefs étaient réservés à ceux qui étaient nés fils de souverains ou de chefs. Tout le système féodal en Europe ou le système des castes en Inde est basé sur une convention : votre valeur et votre place dans la société dépendent de la famille dans laquelle vous naissez. Cette inégalité a pour source une convention, qui dit que votre sang détermine les postes auxquels vous avez droit.


Et aujourd’hui ?

Les inégalités économiques de notre époque ne reposent pas sur ce système féodal mais sont malgré tout morales plutôt que naturelles. Comment justifier autrement que par une convention, que quelqu’un qui demain gagnera plusieurs milliers d’euros grâce à la spéculation ne contribuera quasiment pas à la collectivité, alors qu’un travailleur normal devra le faire ? C’est bien une inégalité morale.

L’avantage des inégalités morales, c’est que, comme pour toutes les conventions, on peut en changer. Mais ces conventions ont la vie tenace car elles déterminent l’ordre des choses actuel.

Le philosophe Machiavel disait : "Il n’est rien de plus difficile à prendre en main, de plus périlleux à diriger ou de plus aléatoire, que de s’engager dans la mise en place d’un nouvel ordre des choses. Car l’innovation a pour ennemi tous ceux qui ont prospéré dans les conditions passées, mais n’a que pour tièdes défenseurs que tous ceux qui peuvent espérer prospérer."


Un changement est possible

L’Histoire nous a montré toutefois que le changement dans les inégalités morales peut arriver, on l’a vu par exemple avec l’abolition des privilèges de la noblesse.

C’est très lent mais le travail de Pierre Larrouturou portera un jour certainement ses fruits, affirme Matthieu Peltier.

Et il nous rappelle cette phrase que l’on attribue à Gandhi, mais qui est de Nicholas Klein, syndicaliste et leader socialiste américain, en 1918 :

"D’abord ils vous ignorent, ensuite ils vous ridiculisent, après ils vous attaquent, ils veulent vous brûler. Mais ensuite, ils vous construisent des monuments."
 

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