Week-end Première

Un biohacker, c'est quoi ?

Si l’on dit souvent qu’on a tous un peu de sang rebelle qui coule dans nos veines et si parfois, nos petits brins d’ADN se déguisent en Robin des bois, c’est qu’il reste, çà et là, sans même qu’on ne les voit : des tas de forêts de Sherwood dans lesquelles en marge des secteurs professionnels bien visibles, s’inventent et se profilent des métiers nouveaux et fascinants ! Chaque mois, en compagnie d’Olivier Marchal, sociologue et directeur de la Cité des Métiers de Charleroi, on explore le futur des métiers.

 

Pour finir cette drôle d’année, risquons-nous dans le merveilleux royaume des sciences de la vie appliquées à la Santé, qu’on appelle Biotech (Biotechnology) et autres Medtech (Medical technology). Royaume peuplé de monstrueuses Big-Pharmas qui auraient, à en croire les plus critiques, fait de notre santé, de nos vies et de nos corps : leur poule aux œufs d’or.

S’il est vrai que la science appliquée a du mal à se défaire des logiques financières ; s’il est vrai que les découvertes les plus utiles pour l’Humanité sont immédiatement brevetées, copyrightées, marchandisées, il faut bien reconnaitre que ce n’est pas avec le niveau moyen de connaissance de la population en biologie, en chimie, ou en physique, que l’humanité pourra assurer sa survie face aux nombreux défis et adaptations auxquelles nous allons faire face dans les années à venir. Nous voici alors - nous, citoyennes et citoyens – coincé.e.s/piégé.e.s, à devoir choisir entre notre profonde incompétence et le monopole de la finance.

Et plus les critiques se font nombreuses à l’égard de la mainmise des entreprises privées sur la recherche scientifique et ses applications, plus l’impuissance grandit dans la population mondiale qui cherche une réponse. Et qui l’aurait trouvé à travers une dynamique démocratique, collaborative, un brin libertaire et anarchiste, qui promet un monde meilleur où la connaissance seraient enfin libérée des griffes de l’argent, et qui porte le nom de Biologie participative, et est rendue visible dans les médias à travers la figure du Biohacker.

 

Le Biohacker : véritable robin des bois de laboratoire et pirate de l’éprouvette


Les biohackers, réunis en communautés, partageant leurs savoirs, leurs découvertes et leurs projets via internet, préparent le même tour de force que ne le firent jadis les pionniers du logiciel libre en informatique (open-source, linux, et volonté que le codage soit une compétences largement partagées par les citoyens).
Leur objectif est simple et ambitieux : rendre la biologie aux citoyens.

De belles promesses, assurément ! Mais à quels risques ? Alors même que la presse fait régulièrement état de savants fous et autres docteurs Frankestein qui manipulent le génome ou tentent, de manière malévole, des expériences à la limites de la légalité.

Et c’est vrai que dans cette grande famille des Biohackers, on trouve un échantillon bigarré comme le genre humain avec les casse-cous, les givrés qui modifient carckent leurs ADN ou s’injectent des solutions bricolées à la maison, pour atteindre l’immortalité ; on retrouve les artistes qui s’ajoutent crètes, des extensions, des antennes pour faire joli, qui ne sont pas sans rappeler la remuante puissance du roman " si j’étais une œuvre d’art ", d’Eric-Emmanuel Schmitt ; et puis les bricoleurs qui tunent la nature comme jadis on tunait son ordinateur, ou sa voiture en s’implantant des puces pour ouvrir sa porte, ou stocker des données (ils seraient, dit-on, plus de 50.000 en France à en avoir une sous la peau), pendant que d’autres s’amusent à rendre des souris phosphorescentes,

 

Mais au-delà des cas très médiatisés, c’est tout une communauté qui est en train de se structurer, en Europe et dans le monde, avec l’appui de prestigieuses universités, et qui entend rapatrier les connaissances scientifiques dans la démocratie locale et participative pour réfléchir et produire des solutions locales, hors des logiques financières, et ce en matière d’agriculture, d’énergie, ou encore de santé.

Et c’est là que sont en train d’émerger pléthore de nouveaux métiers, tels que :

  • L’implanticien : qui créerait et installerait sous notre peau, toutes sortes de puces utilitaires.
     
  • Le Probioculteur : qui élèverait levures et probiotiques, si chère à notre santé (et si onéreuse actuellement), et ce dans le cadre de circuits courts et dans un esprit d’utilité publique, de gratuité relative et de santé préventive.
     
  • Le Bioarchitecte qui serait amené à modifier le vivant pour valoriser des synergies latentes, tel que le ver solitaire (Ténia) qui pourrait passer, par le fait d’une reprogrammation génétique lui ordonnant de ne digérer plus que l’alcool, les graisses et les mauvais sucres, du statut de détestable parasite à celui de meilleur ami de l’Homme.

Tout ceci peut paraitre un peu fou. C’est vrai. Mais rêvons un peu. Si toutefois l’on peut parler de rêve. Car entre les GAFAM qui veulent booster notre cerveau à coups de puces onéreuses, et ces hackers alternatifs incontrôlables, difficile aujourd’hui de se faire une opinion.

Mais si cet avenir peut nous paraitre encore bien loin.
Quand on fonce, tête baissée, on comprend souvent un peu tard, qu’en vérité: loin, c’est tout près.

 

 

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