Week-end Première

Pourquoi les moufles de Bernie Sanders sont-elles devenues un phénomène viral ?

Les moufles que portait Bernie Sanders lors de l’investiture de Joe Biden font l’objet d’un engouement planétaire aussi fascinant qu’inattendu. Des millions de partages, de photomontages et de commentaires circulent sur cette photo ! Comment expliquer ce phénomène ? Matthieu Peltier nous donne son point de vue de philosophe.

Bernie Sanders était lui-même candidat à la présidentielle pour le camp démocrate, lors des primaires, mais il s’était finalement incliné face à Joe Biden. L’homme est connu pour ses positions très à gauches, surtout au regard de la culture américaine, et il est un militant de la cause climatique. Il était présent à Washington pour l’investiture.

Mais qu’a-t-il fait pour que tous les regards se tournent vers lui ?

Lors de la cérémonie d’investiture, "il n’a quasiment rien fait, si ce n’est peut-être être lui-même", observe Matthieu Peltier. Alors que toutes les questions, vestimentaires et autres, avaient été étudiées, pensées dans les moindres détails, c’est sur Bernie Sanders que se sont focalisés tous les regards : Bernie Sanders, jambes croisées, sous son masque jetable, équipé d’une grosse veste chaude kaki et de grosses moufles tricotées, sorties tout droit d’une station de ski des années 60.

C’est ce Bernie-là qui a concentré l’attention de millions d’internautes à travers le monde.
 

Comment expliquer ce succès ?

Matthieu Peltier s’est penché sur des articles très fouillés, parus aux USA, qui tentent d’expliquer ce succès du look impromptu de Bernie Sanders, et il en a tiré plusieurs constatations.

  • Une première explication est justement l’absence de calcul dans ce look. On a souvent l’impression qu’absolument tout est calculé dans la communication des hautes instances, et surtout aux Etats-Unis, et cela induit une certaine méfiance.
    "Or, tout à coup, on a l’impression d’avoir devant nous quelqu’un qui n’a pas calculé son message. En fait, d’avoir juste quelqu’un qui s’est dit : "Tiens, il va faire froid, on sera assis, je vais toujours prendre des mitaines en laine, on n’est jamais trop prudent."
    L’irruption d’une logique aussi commune à tous rapproche en fait Bernie Sanders de tous les Américains et de tous les humains qui suivaient les festivités.

     
  • Ce côté bougon et fermé colle aussi avec l’image que Bernie Sanders véhicule. On sait qu’il est un critique virulent du système politique américain, notamment sur la dépendance qu’entretiennent les candidats envers ceux qui financent leur campagne. Dans sa posture, mains croisées, jambes croisées, éloigné de ses voisins par la distanciation sociale et emmitouflé dans ses couches de protection, on a l’impression qu’il envoie un message du genre : "Moi maintenant, j’attends de voir. Comptez pas sur moi pour faire tout de suite la fête. Maintenant, il faut du concret."
     
  • Enfin, ce succès dépasse la personnalité de Bernie Sanders et c’est peut-être là la vraie raison de ce succès, souligne Matthieu Peltier. C’est la réappropriation de l’événement par la masse. Alors que ce genre de festivité est extrêmement contrôlé, il nous reste cette liberté, à nous simples spectateurs de l’événement, de décider ce que l’on va souligner.
    Et la ruée des internautes aux quatre coins du monde sur ce symbole exprime peut-être aussi cette aspiration à exister dans ce monde-là, celui de se choisir un objet d’attention collectif que les organisateurs n’avaient pas envisagé. C’est en quelque sorte une manière d’entrer dans la fête en disant : "Nous sommes là et ce que vous n’aviez pas prévu, c’est que nous, on va braquer le spot de notre attention sur les moufles en laine de Bernie."
     

Et moi, je vous l’avoue, cet attendrissement général pour l’équipement du bonhomme, cette irruption du réel dans la machine bien huilée du cérémonial, j’ai adoré !


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