Week-end Première

Pourquoi avons-nous le mal des transports ?

Pourquoi avons-nous le mal des transports ?
Pourquoi avons-nous le mal des transports ? - © Imgorthand - Getty Images/iStockphoto

70% de la population souffriraient du mal des transports, que ce soit en avion, en bateau, dans le métro ou encore en bus ou en voiture. Explications avec Pasquale Nardone.

Le mal de transports ou cinétose, est provoqué par l'interaction de plusieurs éléments du corps :

1. Nos deux yeux, chacun équipé de 6 petits muscles. L'oeil n'est absolument pas immobile, il bouge systématiquement de gauche à droite, de haut en bas. Ce sont les saccades, qui interviennent environ 3 fois par seconde. Puis l'oeil s'arrête, se fixe, ce sont les stabilisations, qui tout comme les saccades, permettent la lecture. 

L'oeil possède une seule zone extrêmement sensible, la fovéa, qui est positionnée systématiquement dans notre champ de vision.
Par ailleurs, nous clignons des yeux environ 15 fois par minute, voire jusqu'à 50 clignements quand nous sommes anxieux.

Pourtant nous avons l'impression d'une image parfaitement fixe, parce que notre cerveau anticipe et refabrique une image qui est systématiquement fixe, ce qui nous permet de voir notre environnement.

2. L'oreille interne. Derrière le tympan se trouve le système vestibulaire : trois petits canaux semi-circulaires, dans lesquels voyage un fluide et qui renseignent le cerveau sur notre équilibre : sommes-nous debout assis, couchés ? Sommes-nous en train de marcher ?

3. Enfin, nos muscles. Ils informent si nous sommes en mouvement ou pas, si nos pieds sont en contact avec le sol, déambulent, ou si nous faisons du vélo...
 

L'incohérence suscite la nausée

Le cerveau doit recevoir toutes ces informations (de la part de l'oeil, de l'oreille interne et des muscles) de manière cohérente. Si vous voyez un paysage fixe, par exemple, c'est que vous ne bougez pas. 

Dès qu'il y a incohérence, par exemple si vous lisez dans la voiture ou dans l'avion, l'oeil voit un objet fixe qui est votre livre, et votre oreille interne et vos muscles vous disent que vous êtes en mouvement.

Et comme il y a incohérence, un réflexe va s'installer, qui va titiller une partie du cerveau appelée le centre du vomissement, en haut de la colonne vertébrale. Mais pourquoi ?

L'hypothèse est que dès que le cerveau hallucine, que la tête tourne alors que le paysage est fixe, il suppose que vous êtes dans une situation probable de toxicité. Le cerveau croit que vous avez avalé quelque chose de dangereux, trop bu ou trop mangé. Il déclenche un mécanisme de contrôle du suc gastrique, via le centre de vomissement. Il cherche à éjecter en quelque sorte le produit qui est en train de vous créer des hallucinations.

Le réflexe au niveau cérébral envoie donc une information au niveau de l'estomac, qui éjecte le suc gastrique au niveau de l'oesophage et vous vomissez.

L'ennui est que ce vomissement ne vous aide pas : vous continuez à avoir la nausée, conséquence de cette incohérence entre ce que donnent comme information les yeux et ce que donne le corps.
 

Éduquer le cerveau

Il est possible d'éduquer petit à petit le cerveau, pour lui faire comprendre qu'il ne doit pas réagir à l'incohérence. 

Dans le cas du mal de mer, par exemple, le cerveau des marins s'éduque progressivement, jusqu'à anticiper le mouvement de la houle. Le corps s'adapte à ce mouvement. Cette prémonition est fondamentale pour ne plus avoir le mal de mer.

Pasquale Nardone alerte sur le fait que les médicaments, typiquement à base de scopolamine, qui permettent de lutter contre la nausée, agissent au niveau cérébral sur le centre du vomissement. Il s'agit donc de produits dangereux, qui peuvent avoir parfois des effets secondaires.


La recherche toujours en cours

Pour plus d'infos, le New Scientist du 19 août publie un article d'Helen Tomson qui reprend tout ce que l'on sait sur ces mécanismes.

Il reste toutefois beaucoup d'inconnues pour comprendre tous les mécanismes en jeu, du type :

Pourquoi le trampoline ne provoque-t-il pas de nausée ?
Pourquoi les marins ont-ils parfois le mal de terre en rentrant au port ?

Le phénomène de mal des transports a encore de beaux jours devant lui, avec l'arrivée des véhicules sans chauffeur ou le développement de la réalité virtuelle par casque, qui permet de voir un paysage en mouvement alors que le corps est immobile.

 

Pasquale ramène sa science, c'est ici

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