Week-end Première

Partir en vacances, oui, mais pour fuir quoi ?

Le philosophe Matthieu Peltier interroge notre besoin de vacances
Le philosophe Matthieu Peltier interroge notre besoin de vacances - © Pixabay

De quoi notre besoin de vacances est-il le nom ? Réponse avec le philosophe Matthieu Peltier.

Juillet approche, et avec lui l'envie de partir, surtout après cette période de confinement. Mais quelle fonctions attribuons-nous aux vacances ? Partons-nous pour fuir un lieu, notre 'chez-soi', ou pour fuir une situation, notre travail, nos soucis ?

Pour beaucoup de gens, le confinement a signifié l'arrêt du travail. Mais pour autant se sont-ils sentis en vacances?


Vacances = inactivité ou rentabilité ?

L'étymologie du mot 'vacances' ne fait pas du tout référence au fait de partir : cela vient du latin 'vacare', être oisif. 

Si c'est le cas, explique Matthieu Peltier, l'expérience des vacances devient surtout celle de l'inactivité, telle que la voyait le cinéaste Claude Chabrol, qui ne faisait strictement rien de ses vacances, à part un tour du village. L'espace d'un moment, son grand luxe consistait à 'ne pas faire', à ne plus être l'esclave de son travail.

On pourrait dire que selon cette conception, être en vacances, c'est surtout ne plus être soumis à la moindre pression, au moindre impératif de rentabilité, à la to do list qui se rappelle sans cesse à nous.

Le problème est que souvent nous appliquons à cette période les mêmes principes de rentabilisation du temps que ceux que nous nous imposons dans la vie de tous les jours. Nous nous mettons la pression avec des programmes d'activités, des visites à ne pas louper, des livres à lire absolument.


Des vacances qui nous libèrent

"Le tourisme, qui veut nous faire évader d'un rythme infernal qui est le rythme de la vie quotidienne, nous impose lui-même un autre rythme infernal qui porte en lui les mêmes défauts, c'est-à-dire qu'il ne nous apporte pas les libérations profondes que nous étions en droit d'attendre", observait déjà Edgar Morin en 1972.

Les vacances, pour être réussies, doivent donc nous libérer. Mais nous libérer de quoi ? Peut-être de cet impératif d'une certaine efficacité, d'une certaine vitesse d'exécution de nos vies. 

Le philosophe Alain va aussi dans ce sens, en écrivant, en 1928, que la principale erreur de notre temps est de rechercher en toute chose la vitesse.

"Dans ce sens, pour autant qu'on ne succombe pas aux sirènes du tourisme hyperactif, partir peut être utile, car s'éloigner, c'est aussi s'éloigner de ses soucis, de ses contraintes.

Mais en élargissant le focus, est-ce que ce besoin de vacances et d'oisiveté ne dit pas aussi quelque chose de la façon dont nous vivons dans notre vie de tous les jours ?", interroge Matthieu Peltier.

L'ultime solution ne serait-elle pas d'être au quotidien comme en vacances ? Comme le faisait Henri Salvador, qui ne faisait que ce qui l'amusait !

Ecoutez cette chronique ici, dans Weekend Première

 

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