Week-end Première

Les hommes sont-ils plus asociaux que les femmes ?

C’est la question que pose l’historienne Lucile Peytavin dans Le coût de la virilité, un essai dans lequel elle part d’un constat sans appel : en France, les hommes sont responsables d’une écrasante majorité des comportements asociaux : 84% des accidents de la route, 90% des personnes condamnées par la justice, 97% des auteurs de violences sexuelles…

Les hommes sont surreprésentés dans tous les types d’infraction, de sorte que le premier critère qui définit le profil des délinquants et des criminels, ce n’est ni l’âge, ni le niveau d’études, ni l’origine, mais bien le sexe, et dans l’immense majorité des cas donc, le sexe masculin. Or, les politiques publiques de prévention ne prennent pas en compte cette grille de lecture. On peut donc s’interroger sur l’efficacité des politiques mises en place.
 

 

Lucile Peytavin s’est donc plongée dans la biologie, la génétique, la psychologie et la préhistoire pour essayer d’expliquer cette surreprésentation des hommes et de déterminer si oui ou non, ils sont prédisposés à être plus violents que les femmes.

Son livre démonte pas mal d’idées reçues et tente d’être constructif, via des pistes de solutions pour faire baisser ces violences.

Le coût de la virilité

Lucile Peytavin a tenté de chiffrer le coût de la virilité en France, les sommes qui sont supportées par l’Etat et la société pour faire face aux comportements asociaux des hommes. Le coût est de deux ordres. Le coût direct, supporté par l’Etat, en termes de frais de justice, de forces de l’ordre, de services de santé et d’éducation. Le coût indirect, supporté par la société, et lié aux souffrances physiques et psychologiques des victimes, aux pertes de productivité des victimes et des auteurs, aux destructions de biens…

Elle arrive au chiffre de 95 milliards d’euros par an, ce qui est colossal et correspond à peu près au déficit annuel du budget général de la France.
 

Un livre à charge ?

Ce n’est absolument pas contre les hommes que se pose Lucile Peytavin, "puisque les hommes ne sont pas violents par nature. La science a largement démontré que rien de biologique ne les prédéterminait à agir ainsi, ni le cerveau, ni la testostérone, qui peut aussi bien provoquer des comportements altruistes qu’agressifs. D’ailleurs, devant la Justice, ils sont responsables de leurs actes."

Elle souhaite plutôt déconstruire l’éducation virile qui leur donnée, qui valorise la force, la puissance et les pousse à dominer et à se comporter ainsi.

C’est une construction culturelle totale, que Lucile Peytavin illustre par des anecdotes liées à l’Histoire. Au paléolithique, les sociétés étaient beaucoup plus égalitaires : les femmes étaient chasseuses et guerrières, les hommes n’étaient pas des dominants. C’est plus tard, au néolithique, que cette inégalité et cette domination a travers les valeurs viriles se sont installées. Les sociétés n’ont donc pas toujours été construites sur ces valeurs. Il est donc possible de les déconstruire.
 

Une éducation genrée

Dès 6 ans, les petites filles se considèrent comme moins intelligentes que les garçons. Dès les premiers jours de la vie, et même avant la naissance, les parents et l’entourage projettent tout une série d’attributs, en fonction du sexe de l’enfant.

On voit que l’éducation donnée aux filles et aux garçons n’est pas du tout la même, explique l'historienne. L’allaitement est beaucoup moins contraint pour les garçons. On développe beaucoup moins chez eux les sentiments, on va très vite valoriser la force, la puissance et dans les jeux, la violence va s’installer.

Ce sont des valeurs qu’on transmet très peu aux filles, qui sont davantage dans le développement des sentiments, dans l’empathie. On voit bien, dans les statistiques de la délinquance et de la criminalité, qu’hommes et femmes ne sont pas du tout éduqués et construits de la même façon.
 

Qui sont les victimes ?

Les hommes sont-ils les premières victimes de cette éducation ?

"Hommes et femmes, on en est tous victimes, répond Lucile Peytavin. Les femmes en sont victimes par les violences systémiques qu’elles subissent : une femme meurt encore tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint, les femmes se font agresser dans les transports en commun…

Les hommes aussi sont victimes de ces injonctions. Tout d’abord, les hommes qui ne répondent pas aux injonctions de la virilité, qui vont être rejetés. Cela va être les hommes considérés comme faibles, efféminés, homosexuels par exemple.

Mais aussi les hommes qui répondent à ces injonctions, parce que, pour être un homme fort, il va falloir se mettre en danger. Ce qui fait que les hommes ont trois fois plus de risques de mourir de façon prématurée, avant 65 ans et d’un comportement à risque. Ils développent beaucoup plus des rapports pathologiques avec l’alcool, la drogue, la vitesse. Et puis, il y a les hommes qui commettent l’immense majorité des actes de délinquance et de criminalité."

Comment changer les choses ?

La moitié de la population, à savoir les femmes, a des comportements beaucoup plus pacifiques, beaucoup plus en adéquation avec la société de droit dans laquelle nous vivons, explique Lucile Peytavin.

"Et donc, si on éduquait les garçons comme les filles, si on leur permettait de jouer avec des poupons pour qu’ils apprennent l’altruisme, si on développait chez eux leurs sentiments pour qu’ils apprennent l’empathie, si on les poussait davantage à respecter les règles, ils se comporteraient comme les femmes et on économiserait ce coût financier et humain, ce coût de la virilité, qui est absolument colossal."
 

Le coût de la virilité est publié aux Editions Anne Carrière.
Ecoutez 
Lucile Peytavin ici, dans Weekend Première >

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