Week-end Première

Le projet Odeuropa va recréer le patrimoine olfactif de l’Europe

Une équipe d’une quarantaine de chercheurs européens s’est lancée dans un projet un peu fou mais très excitant, Odeuropa. Il s’agit de reconstituer les odeurs et les ambiances olfactives du passé. Comment ? Explications avec Pasquale Nardone.


Le système olfactif reste encore un vaste sujet d’étude, même si de multiples avancées ont déjà été faites.

  • On sait que, chez l’être humain, environ 1000 gènes sont consacrés à fabriquer des protéines qui vont servir au système olfactif. C’est 3% de notre patrimoine génétique.
  • L’épithélium olfactif fait environ 10 cm² chez l’homme, contre 170 cm² chez le chien.
  • On pensait qu’on ne pouvait sentir que 10 000 odeurs, mais les dernières recherches montrent que nous sommes capables de distinguer et de mémoriser un milliard d’odeurs différentes.
  • Une étude de 2004 a montré que les femmes sont meilleures que les hommes dans la détection et dans la mémorisation de l’odeur. Mais étrangement, elles n’occupent pas particulièrement les professions liées à l’odorat !
  • L’odeur dépend du cycle circadien : on sent différemment le matin, le midi ou le soir.
  • L’odorat est le premier sens à se développer chez le foetus, à partir de la 11e semaine. Le patrimoine olfactif, qui va venir par la mère, va imprégner la mémoire olfactive du bébé pour toujours.


Un projet interdisciplinaire

Ce projet financé par l’Europe bénéficie de 2.8 millions d’euros, sur 3 ans. C’est grâce à l’informatique, à l’interdisciplinarité - historiens, historiens de l’art, linguistes…- que le projet Odeuropa va tenter de recréer le patrimoine olfactif de l’Europe.

Les chercheurs vont examiner des textes, des tableaux, depuis le 16e jusqu’au 21e siècle, pour rechercher de façon sémantique l’odeur qui s’en dégage, à partir de la description qui en est faite. Ils verront alors comment reconstituer l’odeur qui est mentionnée dans ces textes et ces représentations : odeur piquante, odeur de citron, odeur de concombre… Ils resynthétiseront alors chimiquement cette odeur et ils pourront confronter la description mentionnée avec l’odeur perçue. Odeurs de poudre, odeurs de la rue, odeurs de la nourriture… il sera possible de sentir leur évolution au fil du temps.

"Ils constitueront alors une banque de données de ce pouvoir olfactif qui est le nôtre, de telle façon à faire entrer dans le patrimoine européen la notion d’odeur. Parce qu’effectivement, l’odeur fait partie de notre culture et nous avons besoin de cette base de données pour pouvoir nous repérer d’un point de vue olfactif. C’est important pour la culture au sens général", souligne Pasquale Nardone.

Cette recherche Odeuropa va, entre autres applications, permettre aux musées, aux expositions d’augmenter leurs présentations d’une dimension olfactive. Car il est vrai que l’odeur a jusqu’ici été négligée comme patrimoine culturel de l’Europe.

 

L’odeur fait partie de notre ADN culturel

Tout ce que l’on sent depuis notre conception fait partie de notre ADN culturel. Il y a d’abord la mémorisation d’odeurs. Les odeurs vont déclencher des réflexes, qu’on peut appeler préhistoriques : recul face à la puanteur ou attirance devant un parfum.

Mais l’odeur s’apprend. Et c’est l’éducation qui va nous amener à nous former cérébralement pour reconnaître des odeurs qui vont déclencher des affects. Ce n’est pas pour rien qu’on utilise le verbe sentir pour les émotions et que l’on dit : "comment vous sentez-vous ?".

L’odeur fait intégralement partie de notre fonctionnement cérébral. Le marketing l’a d’ailleurs bien compris et utilise abondamment l’odorat pour manipuler nos émotions !

 

Pasquale Nardone ramène sa science, c’est à suivre ici…

 

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