Week-end Première

La reconnaissance faciale, un enjeu pour demain

Souriez, vous êtes filmé... et identifié. Cela sonne comme le début d'un film de science-fiction, mais c'est déjà la réalité quotidienne dans plusieurs pays du monde, où on pratique la reconnaissance faciale sur les citoyens. Qu'est-ce que la reconnaissance faciale ? Quels en sont les enjeux ?

Pasquale Nardone a relevé deux articles sur le sujet, récemment publiés respectivement dans le New York Times, qui signale que le Canada a reconnu illégale l'utilisation d'images de ce type, et dans la revue scientifique Nature, qui propose un long débat, à caractère très politique, pour essayer de freiner l'utilisation de cette reconnaissance des visages.


La reconnaissance faciale, c'est quoi ?

Les scientifiques essaient depuis très longtemps de mettre au point des algorithmes pour repérer des informations pertinentes à travers des images. De nombreuses applications consistent à analyser des images et à en tirer des informations pertinentes. Par exemple, des voitures détectent si une ligne blanche est franchie ou si le feu est rouge.

D'où l'idée d'appliquer ces techniques à la surveillance. La police est très intéressée par des systèmes qui examinent automatiquement la foule et qui, par des techniques numériques, sont capables de reconnaître un visage parmi une banque de données, de personnages potentiellement dangereux, par exemple : trafiquants, terroristes, pédophiles...

Cette technique est très économique pour la justice. Il n'est en effet pas nécessaire d'avoir du personnel sur le terrain, les caméras analysent les images, les envoient vers une banque de données et l'ordinateur étudie les correspondances. La vidéo permet de suivre le trajet de la personne et d'avoir un système précis de surveillance.

Avec le développement de la technologie, apparaît une dérive tout à fait naturelle, mais dangereuse, alerte la revue Nature. Des milliers de villes se dotent de centaines de caméras de surveillance. Se posent alors des questions à caractère scientifique et politique.


La question scientifique : est-ce fiable ?

La police londonienne a testé le système de reconnaissance faciale, de 2016 à 2019, et a révélé un taux de fiabilité de 19% seulement. Beaucoup de gens ont été arrêtés, qui ont dû être libérés car la machine s'était trompée.

On observe aussi des biais : le logiciel ne fonctionne pas bien si vous avez le teint très foncé ou si vous êtes une femme, par exemple.
 

Des questions politiques 

Il faut effectivement une base de donnée qui lie le visage, pour autant qu'on dispose des mesures biométriques : distance entre vos yeux, couleur des yeux, etc... avec des banques de données existantes, qui identifient ces personnes. 

Au Canada, la société Clearview AI a pompé sans autorisation 3 milliards de photos sur les réseaux sociaux. Est-ce légal ? Ces photos peuvent-elles être considérées comme publiques ? Cela soulève tout un débat juridique sur la question de savoir où s'arrête le RGPD. 

Nature souligne aussi le fait que ces caméras n'effectuent pas le traitement d'images localement. Elles les envoient sur internet vers un centre qui est capable de traiter ces milliards d'images. La question est : où vont ces images pour être traitées ? En cas de matériel chinois, les images seront traitées en Chine.

"Va-t-on créer, sans le vouloir, des bases de données d'identité en Chine, et pas en Belgique, c'est-à-dire sans le contrôle juridique belge, qui est assez strict, qui n'autorise pas les banques de données de visage, en tout cas pour l'instant ? C'est un gros problème politique."
 

Des applications bénéfiques

L'idée du traitement d'images de ce type est très intéressante pour sauver des vies. Il permet de repérer beaucoup plus précisément, sur les radiographies, un début de cancer de la peau par exemple. Les algorithmes très puissants permettent un diagnostic est beaucoup plus rapide et plus fiable que celui d'un médecin. 

La reconnaissance par images permet aussi la surveillance constante de la pollution, on peut ainsi déterminer la quantité de polluants libérée par un bateau. 

La spectrographie permet de déterminer, au-delà du visible, des types de molécules, de polluants, d'engrais posé au sol, mais aussi les conditions météo... Les applications positives sont donc multiples !
 

Pasquale ramène sa science, à écouter ici...
 

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