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La culpabilité: comment trouver le juste milieu?

La culpabilité: comment trouver le juste milieu?
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Vous êtes vous déjà sentie responsable ou désolé pour une offense provoquée, réelle ou imaginaire?


Comme l’observe le professeur de psychologie sociale Laurent Bègue, “cette expérience émotionnelle désagréable, caractérisée par un sentiment de tension, d’anxiété et d’agitation, s’appelle la culpabilité. Bien avant de constituer une manifestation inadaptée, elle est un signe de bonne santé psychologique”.
La culpabilité est une émotion qui apparaît déjà chez les enfants de 3 à 5 ans, renforcée par le regard d’autrui, voire par certaines institutions comme la justice ou la famille. Les femmes y seraient plus disposées que les hommes, et les personnes âgées plus que les jeunes adultes.


Honte ou culpabilité?


A la différence de la honte, à laquelle est est néanmoins étroitement liée, la culpabilité est fondée sur un comportement non éthique ou inacceptable manifesté envers les autres. Ainsi, on peut se sentir coupable de quelque chose que l’on a fait (perdre patience et s’énerver) ou que l’on n’a pas fait (rendre visite à un parent), mais aussi de quelque chose que l’on pensait avoir fait ou que l’on devrait faire davantage (aider une personne qui en a besoin).

La honte quant à elle semble plus internalisée et néfaste car elle se nourrit de la peur du rejet ou de l’exclusion: lorsqu’on se sent honteux, on se réfère plutôt au regard des autres ou d’une norme, et l’on se sent plutôt mal d’être soi que d’avoir éventuellement mal agi.

Contrairement à la honte, la culpabilité revêt une utilité certaine, car elle nous guide dans notre cheminement éthique. En effet, relève Laurent Bègue, “le souvenir des tourments qui accompagnent la culpabilité nous incite à être loyaux, à bien traiter les autres, humains ou animaux. Elle nous rend plus empathiques, plus sensibles à leur souffrance, plus rapides à nous excuser.”


Les effets de la culpabilité

 

Mais cette utilité de la culpabilité exige un juste dosage, car c’est une émotion “à consommer avec modération”.
En effet, éprouver trop de culpabilité peut être un frein à l’épanouissement, une source de stress et de démoralisation qui peut avoir un impact négatif sur la santé. De même, comme le constate Guy Winch, psychologue à New York et auteur de Emotional First Aid, “non résolu ou excessif, le sentiment de culpabilité nuit à la fonction cognitive, à la concentration et aux tâches quotidiennes, il nous empêche de profiter de la vie.” Pour certaines personnes, cette expérience émotionnelle peut devenir paralysante voire encombrante, surtout si ces personnes ont tendance à trop élargir la zone de leur culpabilité sur des événements ou autres dont ils ne sont pas responsables.

 

A l’inverse, trop peu de culpabilité risque d’atténuer les frontières du respect et de la légalité, et peut mener à des comportements à risques, et une faible disposition à la culpabilité est un trait de personnalité souvent lié aux comportements non-éthiques.

Selon une étude publiée dans la revue Current Directions in Psychological Science,

Les personnes qui obtiennent un score élevé de disposition à la culpabilité étaient plus susceptibles d'être sympathiques, de prendre en considération le point de vue des autres et les conséquences futures de leur comportement. Les recherches ont également montré que ces personnes sont moins susceptibles de prendre des décisions contraires à l'éthique, de mentir pour un gain monétaire, ou de tricher lors de négociations. Elles sont également moins susceptibles d'adopter des comportements contre-productifs au travail.


Les conseils d’Ilios

 

Il importe de relativiser ce sentiment s’il est trop présent, afin d’atteindre un juste milieu.
La culpabilité est une réaction appropriée lorsqu’elle permet une remise en question qui invite à s’excuser et à proposer une “réparation” du dommage causé, et qu’elle nous amène à faire mieux à l'avenir. Dans ce cas, elle s’inscrit dans un processus sain favorisant l’introspection et l’amélioration personnelle. Pour cela, mieux vaut:
 

  • Prendre conscience de ce sentiment

  • Accepter la notion de risque et d’échec pour ne pas culpabiliser à tout bout de champ.

  • Cultiver notre espace intérieur pour comprendre la nécessité de vivre dans l’instant et non dans un passé figé, car la culpabilité peut aussi amener son lot de ruminations inutiles et stériles.

  • Identifier les causes de cette émotion pour pouvoir l’anticiper la prochaine fois, voire éviter l’action qui la ferait naître à nouveau.


En effet, la sortie de la culpabilité nécessite une meilleure connaissance de soi et une reconnaissance de nos véritables désirs et éventuelles erreurs car, comme l’écrit Frank Herbert,  “La culpabilité ne s'attache qu'à celui qui demeure ignorant quand il a une chance d'apprendre.“
 

Ilios Kotsou est docteur en psychologie, maître de Conférences à l'Université Libre de Bruxelles et co-fondateur de l’asbl Emergences. Chaque semaine, il analyse un thème fondamental de nos vies quotidiennes. Retrouvez-le sur son blog, sur sa page Facebook et tous les dimanches dans Week-end Première.

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