Week-end Première

La Belgique est-elle à la pointe en matière de cryptage et de décryptage informatique ?

Cette semaine, la police fédérale menait la plus grande opération de son histoire, une actualité qui a mis en lumière les téléphones cryptés, utilisés par le milieu du crime organisé pour communiquer, mais aussi les compétences de notre Federal Computer Crime Unit, qui a réussi à infiltrer, espionner et localiser ces appareils réputés inviolables. En quoi consiste exactement cette technique du cryptage et du décryptage ?

La Belgique a une énorme expertise dans tout ce qui est cryptologie : techniques de chiffrement, vote électronique, dont l’expertise est mondialement reconnue, AES, un standard de chiffrement avancé mis au point à la KULeuven… Une standardisation est en cours également en chiffrement léger, et un modèle sera peut-être parmi les finalistes, explique Edouard Cuvelier, chercheur senior en cryptologie, membre du laboratoire de l’UCL. Un laboratoire qui est à l’origine, entre autres, d’un système de cryptage utilisé pour le vote électronique aux Etats-Unis.
 

Pourquoi cette expertise belge ?

"Cette expertise est due notamment au fait que tout ce qui est cryptographie, qui était avant des technologies militaires, donc interdites de recherche dans de nombreux pays, a été rapidement ouvert en Belgique à la recherche scientifique. Et donc on a une bonne avance."

La cryptologie est à la croisée de plusieurs domaines : les mathématiques pures et fondamentales, l’informatique, avec tout l’aspect de sécurité, et l’électronique, car les systèmes sont souvent embarqués dans nos téléphones, dans des cartes à puce. Une grande créativité est nécessaire pour résoudre les problèmes, les puzzles.

"Au tout début de l’histoire de la cryptographie, on invitait d’ailleurs des gens qui étaient forts en mots croisés, pour aider à attaquer les systèmes. C’est une discipline qui est vraiment orientée résolution de problèmes et créativité."


Cryptage et décryptage

Les téléphones cryptés dont il a été question cette semaine sont des produits très spécifiques, assez chers, de l’ordre de 2000 €. Ce sont des téléphones qui permettent d’envoyer des messages chiffrés dans un réseau privilégié de personnes qui possèdent ce téléphone. Ces outils sont réservés à des personnes très aisées, qu’on trouve dans le milieu des célébrités, du show business, des top managers de grandes entreprises dont les secrets industriels doivent être protégés, du milieu mafieux…

"Le coeur de la cryptologie est la sécurité, prouvée par des concepts mathématiques. On conçoit des systèmes qui sont faits pour résister dans le temps et pour être à l’abri de ce genre d’attaques", précise Edouard Cuvelier.

Le problème réside souvent dans leur mise en oeuvre concrète dans les téléphones et dans d’autres applications. C’est là que le bât blesse et que l’on peut attaquer le système. C’est parfois une question de matériel qui est violable, parfois c’est la manière dont on va coder la cryptographie sur les ordinateurs, en laissant des traps ou des bugs qui permettront de venir casser le système.
 

A quoi s’applique le cryptage au quotidien ?

Avec la montée d’Internet et de la communication avec des inconnus, on a besoin de ramener la confiance. On a besoin d’être sûr de savoir à qui on parle, à qui on communique des informations. C’est là qu’intervient la cryptographie : elle ramène la confiance entre les personnes, elle donne des garanties.

Elle intervient dans les communications en ligne, comme les opérations bancaires, les votes électroniques… Elle assure la confidentialité du message, son intégrité de ce message, son identification via la signature.

Ces compétences scientifiques sont entre de bonnes mains. La communauté internationale de recherche en cryptologie est assez active et ouverte sur la publication des recherches. C’est l’un des principes clés pour assurer cette transparence et cette confiance.

Certains producteurs, comme les fabricants de ces téléphones récemment décryptés, utilisent une technique qui vise à cacher les messages, une cryptographie particulière, et ce n’est certainement pas l’approche qui est recommandée !

 

 

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