Week-end Première

L'interdépendance, le principe du vivant

L'interdépendance, le principe du vivant
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Les récits que nous nous racontons, que nos sociétés racontent nous mettent une certaine paire de lunettes devant les yeux : noir, gris, jaune, rose,... selon le type de verre. Ces récits vont agir comme un filtre et définir notre manière de voir le monde et de nous comporter. Pour exemple, deux mythes fondateurs de notre société nous guident depuis déjà plusieurs siècles : celui de la compétition et celui de la déconnexion du monde vivant. Tous deux prônant l'individualité. Mais pour Ilios Kotsou, l'interdépendance est le principe même du vivant.

"Que le meilleur gagne", la "Loi de la jungle"  ou encore "On n'est jamais mieux servi que par soi-même" sont des formulations qui prônent le mythe de l’individu déconnecté des autres et du monde qui l’entoure. L'individu qui doit, par la lutte, contrôler l’environnement et trouver sa place. Les conséquences sont réelles et ne sont pas seulement des manières de voir le monde.

Pourtant, si on prend un regard de biologiste, de scientifique, il nous faut reconnaître qu'en effet, tous les êtres vivants sont impliqués dans des relations d’entraide. Nous sommes, en tant qu’être humain, qu’être vivants, le fruit “d'inextricables pelotes d’interdépendances” comme le disent Pablo Servigne et Gauthier Chapelle dans leur très beau livre "L'entraide, l'autre loi de la jungle". En effet, nous avons besoin de l’océan (plancton) pour produire de l’oxygène, des plantes (légumes, fruits,etc) pour obtenir de l’énergie ou même nos cellules qui collaborent pour former un organisme multicellulaire. En bref, nous dépendons d’une infinité d’espèces pour nous assurer air, eau, nutriments, matériaux et lieux habitables.

Les organismes qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas les plus forts mais bien ceux qui parviennent à nourrir ces liens d'interdépendance et de coopération.

Changer notre regard

Voir que tout est inter-relié nous fait prendre conscience de la nécessité d’une connexion de qualité avec ce qui nous entoure, mais souligne aussi l’influence de notre attitude envers cet environnement. Ce qui peut encourager à un changement positif dans notre rapport avec celui-ci. Nous pouvons alors reconnaître le lien entre notre vie intérieure, notre santé et celle de la biosphère. 

Un domaine de réflexion s'intéresse à cela: l'écologie profonde. C'est un mouvement philosophique pour aborder l'éthique de l'environnement. C'est aussi un mouvement social qui cherche les manières et les moyens de créer une culture humaine viable, soutenable qui permette de vivre en harmonie équilibrée avec la terre. On s'intéresse autant à la psychologie qu'à nos relations avec la vie. Notre santé est en interdépendance avec la santé de la biosphère. 

"Être", nous dit l’activiste et philosophe indien Satish Kumar, "c'est appartenir à un immense réseau de relations. Et ce réseau ne se limite pas seulement à l'espèce humaine : il englobe toutes les formes de vie".

Les conseils d'Ilios

Dans cette perspective, plutôt que d'’acquérir de nouveaux bien ou de nouveaux savoirs, nous pourrions, pour cette année nouvelle, prendre soin du lien avec nous-même, avec les autres et avec la terre.

Prendre soin de sa vie intérieure, c’est comme cultiver une écologie de l’esprit qui nous permette de nous apaiser et de nous connecter à nos ressources et à notre sagesse. Cela peut tout simplement être le fait de porter attention à notre souffle et en prendre conscience que la respiration nous lie aux autres (nous respirons le même air) et à la biosphère (qui produit l'air que nous respirons).

Cette capacité d’attention à soi et de connaissance de soi nourrit une autre forme d’attention: l’attention à l’autre.

A cela nous pouvons rajouter l’attention au monde, entendue comme la capacité à être attentif et ouvert à l’environnement et à tout ce que l’on peut en apprendre.

Face au défi écologique, cet équilibre entre l'esprit, la société et la terre peut être la base d'une action engagée pour la survie de l'humanité.

C’est en effet à partir de cette trinité inspirée de la Bhagavad-Gita hindoue que Satish Kumar, ancien moine jaïn et disciple de Gandhi, a développé une approche de l’écologie basée non pas sur la peur et l’urgence sanitaire, mais sur une vision globale et spirituelle de notre place dans l’univers.
Car ce n’est qu’en prenant conscience de notre totale dépendance à son égard et à celle des autres espèces que nous pourrons sauver la nature et construire un futur viable. Bien au-delà d’un simple manifeste écologique, Satish Kumar révolutionne en profondeur notre rapport au monde.

 

Satish Kumar sera en conférence à l'ULB, jeudi 10 janvier à 20h à l'auditoire K. : https://www.emergences.org/events/pour-une-ecologie-spirituelle 

Ilios Kotsou est Docteur en psychologie et Maître de Conférences à l'Université Libre de Bruxelles, il analyse chaque semaine un thème fondamental de nos vies quotidiennes. Retrouvez-le sur son blog, sur sa page Facebook et tous les dimanches dans Week-end Première.

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