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L'empathie : une émotion qui prend sa source chez autrui

L'empathie : une émotion qui prend sa source chez autrui
L'empathie : une émotion qui prend sa source chez autrui - © Tous droits réservés

Vous arrive-t-il d’éprouver une grande joie en regardant un film lorsque deux amoureux se retrouvent après une longue séparation, où de ressentir une réelle tristesse quand votre ami vous raconte un événement difficile pour lui ? Le processus caché derrière cet effet miroir est l’empathie, bien que ce concept soit plus complexe qu’une accordance entre l’émotion des autres et la vôtre.

L’empathie est la capacité de ressentir en concordance de phase une émotion similaire à celle de notre interlocuteur et de savoir identifier que cette émotion prend sa source chez autrui et non chez nous-même.

Il y a deux composantes à l’empathie :

 L’empathie émotionnelle

Lors d’un échange dont le contenu est émotionnel, nous allons en tant qu’auditeur éprouver des émotions semblables à celles éprouvées par notre interlocuteur. C’est ce qu’on appelle la contagion émotionnelle. Celle-ci opère car nous imitons automatiquement certaines expressions faciales observées chez notre interlocuteur qui elles-mêmes alors déclenchent l’identification des émotions ressenties.

Une des pistes explicatives serait l’activité des neurones miroirs (neurones qui transmettent l’information sensori-motrice et qui s’activent de manière identique pour générer un mouvement que si l’on voit ce même mouvement produit par quelqu’un d’autre).

Une étude soutient par ailleurs cette théorie des neurones miroirs car elle a montré que les aires impliquées dans le traitement de la perception de la douleur s’activaient de manière similaire que le stimulus soit administré au sujet, à un de ses proches ou soit simplement simulé dans une vidéo par un inconnu.

 L’empathie cognitive

Cette composante réfère à la capacité de se mettre à la place d’autrui afin de comprendre sa perspective et son point de vue. Cela se traduira par la capacité à inférer les états mentaux (connaissances, intentions, croyances, émotions) de notre interlocuteur.

Quels sont les facteurs qui vont moduler notre empathie ?

  • Les caractéristiques du stimulus émotionnel en lui-même (sa gravité, son intensité)
  • Le contexte lié à l’émotion de l’interlocuteur
  • Notre relation avec notre interlocuteur (si nous n’apprécions pas la personne ou que nous la jugeons malhonnête par exemple, nous ferons preuve de moins d’empathie).

Une qualité humaine ?

L’empathie émotionnelle, déclenchée de manière automatique et non intentionnelle, apparaît en premier dans notre développement et dans notre histoire évolutive. Nous partageons d’ailleurs cette capacité avec de nombreuses espèces animales.

L’empathie cognitive est un mécanisme contrôlé et intentionnel qui serait plus propre à l’espèce humaine. En effet, les structures cérébrales qui permettent d’opérer un changement de perspective selon celle d’autrui se logerait dans des zones cérébrales apparues récemment dans l’histoire : le cortex préfrontal et les régions temporo-pariétales.

L’humain n’est donc pas la seule espèce à ressentir des émotions, les communiquer, ou à s’intéresser à celle des autres. L’empathie n’est donc pas une caractéristique humaine, bien que la métacognition à travers le langage (explicitation des émotions), la mémoire (mises en lien avec événements passés, histoire familiale, etc) donne une profondeur à l’empathie que l’on retrouvera différemment chez les animaux.

Pourquoi est-ce une capacité importante ?

De manière très générale, l’empathie a un avantage adaptatif, en effet, elle favorise les comportements altruistes. Pouvoir se mettre à la place de l’autre permet d’éviter de le blesser physiquement ou psychologiquement étant donné que l’on peut se dire “moi, je n’aimerais pas subir cela, je ne vais pas lui infliger” et au contraire “agir envers les autres tel que j’aimerais qu’on le fasse avec moi.” L’empathie permet également de mieux réagir face aux souffrances d’autrui, ce qui maintient une cohésion dans le groupe, un sentiment d’entraide et de compréhension mais surtout une aide adaptée à la survie de l’espèce.

La capacité de se mettre à la place d’autrui et de percevoir ce qu’il ressent en fonction de certains stimuli favorise des comportements pro sociaux et évite les comportements dangereux ou agressifs. Or, avec un déficit d’empathie, certains troubles du comportement peuvent s’observer, cela engendre une mise à l’écart des groupes et des complications dans l’évolution des relations interpersonnelles.

Ilios Kotsou est docteur en psychologie, maître de Conférences à l’Université Libre de Bruxelles et cofondateur de l’asbl Emergences. Chaque semaine, il analyse un thème fondamental de nos vies quotidiennes. Retrouvez-le sur son blog, sur sa page Facebook et tous les dimanches dans Week-end Première.

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